Archives pour février 2011

Ce soldat fit la une des gazettes de son époque qui relataient régulièrement ses exploits en louant son courage, son adresse, son astuce et son sang-froid. Il fut félicité maintes fois pour sa bravoure, reçut les plus hautes distinctions militaires. Il fut aussi accusé d’être un espion, puis réhabilité. Après sa mort une souscription nationale fut lancée pour l’édification d’un monument à sa mémoire.

C’est ainsi qu’on peut de nos jours découvrir au cimetière du Père-Lachaise à Paris sa tombe surmontée du monument inauguré en 1904 et qui est une des dernières oeuvres du célèbre sculpteur BARTHOLDI. Il l’a représenté debout en tenue militaire, l’allure martiale, arme au pied et une main en visière protégeant son regard qui scrute l’horizon. Sur le socle, une fillette qui a écrit : « FRANCE SOUVIENS TOI ».

Mais qui se souvient encore du Sergent HOFF?

Rien ne prédestinait Ignace HOFF, né le 20 juillet 1836 à Marmoutier (Bas-Rhin), à devenir un héros de la guerre de 1870. Ouvrier plâtrier, il avait commencé son tour de France dès l’âge de 14 ans. En 1857, il fut incorporé dans l’armée et en 1863, il se réengageait pour 7 ans.  Lorsqu’éclate la guerre de 1870, il est sergent et stationné à Belle Isle en Mer. Croyant (à tort) que son père avait été abattu par l’armée prussienne en tentant de défendre sa maison, il se démène pour aller combattre l’ennemi. À force de persévérance, il réussit à changer de bataillon et à rejoindre les défenseurs de Paris. Lors du siège de Paris par les Prussiens auxquels il vouait une haine farouche, il révéla une audace et une bravoure qui en firent un héros adulé par tous et dont les faits d’armes étaient suivis au jour le jour par les parisiens qui pouvaient  s’identifier à cet homme du peuple, simple et discret et pourtant capable d’accomplir des actes héroïques. Il pratiquait une guerre de ruses et d’embuscades, sa connaissance de l’allemand lui permettant de tromper les sentinelles. « Chasseur d’hommes », il opérait le plus souvent seul et bien qu’excellent tireur il privilégiait le sabre et le corps à corps pour ensuite disparaître dans la nuit. Fin octobre, avec quelques francs-tireurs, il reprit aux Prussiens l’Ile aux loups sur la marne. Cet exploit lui valu de recevoir la Légion d’honneur le 6 novembre des mains du général d’Exéa, qui souligna que cette 1ère croix donnée par la République était bien méritée.

Le général Le Flô, ministre de la guerre, décida alors de le charger de porter une dépêche à Bazaine, encerclé dans Metz, considérant qu’il était le seul capable de franchir les lignes ennemies grâce à sa ruse et sa connaissance de l’allemand. Mais la prise de Metz intervint juste avant son départ. Comme il avait refusé toute rémunération ou tout honneur pour cette périlleuse mission, le ministre lui-même l’autorisa à ne plus dépendre de ses officiers et à choisir 12 personnes qui relèveraient de lui seul pour poursuivre son action.

Le 19 novembre, il fut mis à l’ordre du jour du 107ème de ligne par le général TROCHU, gouverneur de Paris pour avoir tué dans divers combats individuels 33 Prussiens et, le 5 octobre, en embuscade avec 15 hommes, mis en déroute une troupe d’infanterie et de cavalerie.

Il devint alors une sorte de légende, dont la tête était mise à prix 20 000 thalers par les Prussiens qui considéraient que ses méthodes de combat ne correspondaient pas à des méthodes de guerre « loyales ».

Au cours de la bataille de Champigny, voyant qu’il allait être fait prisonnier, il eut la présence d’esprit d’arracher galons et décorations et de se fondre dans la troupe. Malgré les soupçons des Prussiens, il réussit à dissimuler sa véritable identité pendant ses 4 mois de captivité à Cologne en prenant un nom d’emprunt.  Pendant ce temps à Paris, Paris Journal, constatant qu’il ne figurait ni parmi les morts ni parmi les blessés, déclara qu’il n’était qu’un imposteur et était en réalité un espion prussien, nouvelle qui fut bien entendu abondamment reprise par d’autres publications. C’est pendant sa captivité que le sergent HOFF apprit ces calomnies qui l’affectèrent grandement.

À peine libéré, il est incorporé sur le chemin du retour par le général CLINCHAMP pour marcher contre la commune. Au cours des combats il fut grièvement blessé et évacué vers un hôpital militaire. Dès sa sortie de l’hôpital,  il se précipita chez le directeur de Paris-Journal pour demander réparation par les armes. Celui-ci réussit à le persuader que la publication d’un démenti serait plus efficace. Et le jour même une réparation éclatante était publiée dans les feuilles du soir de plusieurs journaux.

Commença alors pour le sergent HOFF une période difficile. Homme simple, d’une grande modestie, il avait refusé d’être promu officier en invoquant le fait qu’il n’avait « pas assez d’éducation ». Il refusa également un grade dans l’armée des Indes offert par les Anglais. Mutilé militaire, gardien au bois de Boulogne puis au square du Trocadéro, il subsistait difficilement avec une maigre pension, souffrant de ses blessures et proche de la misère.

Jules CLARETIE, ému par sa situation, écrivit au président Mac Mahon. Cinq jours plus tard il était nommé gardien de la colonne Vendôme où il resta 5 ans. En 1881 il fut nommé gardien chef de l’Arc de Triomphe, avec grade d’adjudant. Il eut l’honneur d’y accueillir et de veiller le cercueil de Victor Hugo.

Dès lors, jouissant d’une relative aisance, il occupa ses loisirs dans diverses sociétés de tir, à instruire des jeunes gens. Il déposa même un brevet pour améliorer un fusil.

Il mourut le 25 mai 1902, peu avant sa retraite et fut enterré avec les honneurs militaires.

En 1880, alors qu’il était question d’offrir au sergent HOFF une fête et un banquet patriotique, Sadi Carnot écrivait : « La pensée de rendre un public hommage au sergent HOFF, en reconnaissance de sa belle conduite pendant le siège de Paris, mérite d’être encouragée par les patriotes. Nous nous rappelons tous combien le récit de cette campagne héroïque, d’un homme contre une armée, vint alors réconforter nos coeurs. De pareils souvenirs appartiennent à notre trésor national, et doivent y être religieusement conservés, mais chaque occasion de les remettre en lumière doit aussi être saisie avec empressement ».

Mais aujourd’hui, qui se souvient du sergent HOFF?

Au 20ème siècle d’autres guerres, mondiales celles-là, et autrement plus meurtrières, ont révélé de nouveaux héros qui ont remplacé dans notre mémoire collective le brave sergent HOFF.

Une lettre vous est dévoilée ici : http://autographe.com/fiche_produit.php?REFERENCE=18549

©ARTS ET AUTOGRAPHES 2011

Fille naturelle de Napoleon

Une fille naturelle de Napoleon

Nous avons eu la chance de retrouver dans un grenier (eh oui cela existe encore) une correspondance insolite que nous vous proposons : L’histoire d’une jeune femme qui se prétendait fille naturelle de Napoléon Ier.

L’histoire de Charlotte Chappuis, d’après sa correspondance retrouvée dans un grenier.

A la chute de l’Empire, en juillet 1815, les troupes autrichiennes du général Radiwojewich envahissent la Franche Comté. Le général Steinninger commande la division d’occupation du Doubs et du Jura. Il voit un jour se présenter à son état-major, à l’Isle sur le Doubs, une jeune fille d’une vingtaine d’années qui lui demande protection, prétendant être une fille naturelle de Napoléon, et s’estimant menacée en France par le régime de la Restauration. Le général procède personnellement à son interrogatoire ; il est vrai que la jeune fille est fort avenante.

Elle raconte son histoire :

Née en 1795, Charlotte Chappuis, c’est son nom, est le fruit d’une liaison entre Buonaparte, alors officier en garnison à Auxonne, et sa mère, Mademoiselle Cottin. Elle porte le nom de son père adoptif, le moine défroqué Chappuis, qui épousa sa mère peu après sa naissance.

Après avoir passé son enfance à Paris, elle retourna dans sa ville natale, Arnay-le Duc, en 1811 où elle demeura jusqu’à la première abdication.

Quand Napoléon fut exilé à l’Ile d’Elbe, elle le rejoignit avec Cambronne et le détachement de la Garde, puis revint  en France, à Salins, attendant le retour de l’Empereur.

Pour appuyer ses dires, elle ne possède que quelques lettres du Grand Maréchal Bertrand, restées chez elle à Arnay, mais elle est incapable de les produire.

Le général Baron Steinninger, perplexe, et soupçonnant quelque intrigue, s’empresse de remettre la demoiselle Chappuis à M. de Novillars, le nouveau sous-préfet de Baume-les-Dames, non sans avoir fait perquisitionner, sans succès, le dernier domicile de la jeune fille à Salins, où elle tenait une pension d’enfants avec son amie Fauchon Lamy.

M. de Novillars, dépassé par l’importance de l’affaire, transmet le 12 octobre la jeune fille et son histoire à M. Capelle, le nouveau préfet du Doubs et futur ministre de Charles X, qui la fait immédiatement enfermer dans la maison de Bellevaux, sous la garde des sœurs, en attendant les instructions du Duc Decazes, le nouveau ministre de la Police Générale du Royaume. Il y a beaucoup de nouveaux, c’est la Restauration.

Personne ne croit véritablement à son histoire, mais, par prudence, et compte tenu des mouvements de ralliement que la Princesse suscite de la part des bonapartistes, on juge préférable de la maintenir en détention ; elle y restera jusqu’en juillet 1816.

Charlotte se morfond, tente de correspondre avec son amie de Salins, et de faire intervenir le maire, fort conciliant, mais ses lettres ne parviennent pas à destination, malgré la multiplication des intermédiaires empressés. Elles sont probablement interceptées par la Supérieure du Couvent où elle est internée, pour le plaisir des futurs collectionneurs d’autographes.

Début 1816, elle espère que le passage à Besançon du Comte d’Artois permettra sa libération, mais rien n’y fait.

Enfin, en juillet 1816,  le comte de Scey-Montbéliard, qui vient de remplacer le préfet Capelle, ordonne sa libération : la demoiselle est en effet demandée en mariage par le fils d’un sculpteur de Salins !

Mais sitôt libérée, Charlotte, dont toute la région connait l’origine présumée, redevient bien volontiers l’icône du bonapartisme en Franche-Comté, et émeut rapidement les autorités locales, qui obtiennent en octobre 1816 son arrestation et son internement, cette fois au dépôt de mendicité de Dôle .

Effondrée, Charlotte change de stratégie, et affirme que son histoire de filiation impériale est une fable, que, certes, elle a voulu suivre l’Empereur, à l’Ile d’Elbe, puis à Sainte-Hélène, mais uniquement parce qu’elle avait le projet d’épouser un officier de sa Garde.

Est-ce là un premier mensonge, opportuniste ? Un nouveau mensonge ? Est-ce la vérité ?

Le fait est que notre sculpteur de Salins s’agite comme un diable pour la faire libérer, contre l’avis des autorités, et qu’un nouveau prétendant, commerçant à Champagnole, se présente à son tour pour la recueillir et l’unir à son fils !

Qu’elle devait être jolie, la jeune Charlotte Chappuis !

Finalement, c’est le commerçant de Champagnole qui obtient gain de cause, et reçoit en mars 1817 la belle Charlotte, à la sortie de son hospice. Mais la Princesse ne l’entend pas ainsi, c’est le fils du sculpteur qu’elle veut épouser, et elle refuse de loger chez son sauveur, trouvant asile chez un voisin de Champagnole

A Champagnole, elle rencontre rapidement un jeune maitre de forges, Jacob Muller, se fait embaucher par sa manufacture, où les 200 ouvriers l’accueillent aux cris de « Vive l’Empereur » ! Nouveau scandale.

C’est le coup de foudre entre Charlotte et Jacob, et, dès le mois de juin 1817, les voilà qui franchissent tous deux la frontière suisse pour se  marier secrètement.

L’affaire se terminera bien, les Muller auront un fils, Adrien, qui deviendra maire de Champagnole en 1884.

Charlotte Chappuis était-elle une fille naturelle de Napoléon ? On ne le saura sans doute jamais, mais sous le second Empire, on faisait encore allusion à ses origines impériales.

Son caractère bien trempé n’empêcha pas une grande sensibilité, que l’on retrouve dans sa correspondance, telle cette phrase qui conclut une supplique au général autrichien :

« Il m’est doux de verser dans un cœur sensible quelques unes des peines qui surchargent le mien. »

La correspondance de Charlotte Chappuis comprend :

1 las (minute signée de ses initiales) de C. Chappuis, slnd (aout 1815), adressée probablement au général Steinninger.

2 las de M ; de Novillars, sous préfet de Baume-les-Dames, des 10 et 12 octobre 1815, adressées à M Capelle.

2 las du maire de Salins adressées à C. Chappuis et à M. de Novillars, du 14 octobre 1815.

1 copie d’époque d’une lettre de C. Chappuis (circa octobre 1815) dans laquelle elle d écrit sa situation d’internée au couvent de Sœur E. Bouvard.

3 las de C. Chappuis des 4 et 16 octobre et 3 novembre 1815 adressées au maire de Bracon-Salins et à son amie Fauchon Lamy.

1 las de F. Lamy à C. Chappuis du 25 décembre 1815.

1 ls du duc Decazes, Ministre de la Police Générale du 6 décembre 1815.

1 la (minute) de C. Chappuis de début 1816.

2 las de C. Chappuis des 5 avril et 25 juillet 1816.

Une trentaine de copies anciennes (réalisées vers 1900) de lettres adressées au préfet du Jura au sujet de l’affaire Charlotte Chappuis, qui permettent d’en reconstituer beaucoup de détails.

Soit 7  lettres de C. Chappuis, et 6 lettres de personnages ayant participé à l’affaire, entre aout 1815 et juillet 1816. Cet ensemble de lettres est disponible à la galerie ARTS ET AUTOGRAPHES.