Un héros oublié : le sergent HOFF

Jean-Emmanuel Raux —  10 février 2011 — 1 Commentaire

Ce soldat fit la une des gazettes de son époque qui relataient régulièrement ses exploits en louant son courage, son adresse, son astuce et son sang-froid. Il fut félicité maintes fois pour sa bravoure, reçut les plus hautes distinctions militaires. Il fut aussi accusé d’être un espion, puis réhabilité. Après sa mort une souscription nationale fut lancée pour l’édification d’un monument à sa mémoire.

C’est ainsi qu’on peut de nos jours découvrir au cimetière du Père-Lachaise à Paris sa tombe surmontée du monument inauguré en 1904 et qui est une des dernières oeuvres du célèbre sculpteur BARTHOLDI. Il l’a représenté debout en tenue militaire, l’allure martiale, arme au pied et une main en visière protégeant son regard qui scrute l’horizon. Sur le socle, une fillette qui a écrit : « FRANCE SOUVIENS TOI ».

Mais qui se souvient encore du Sergent HOFF?

Rien ne prédestinait Ignace HOFF, né le 20 juillet 1836 à Marmoutier (Bas-Rhin), à devenir un héros de la guerre de 1870. Ouvrier plâtrier, il avait commencé son tour de France dès l’âge de 14 ans. En 1857, il fut incorporé dans l’armée et en 1863, il se réengageait pour 7 ans.  Lorsqu’éclate la guerre de 1870, il est sergent et stationné à Belle Isle en Mer. Croyant (à tort) que son père avait été abattu par l’armée prussienne en tentant de défendre sa maison, il se démène pour aller combattre l’ennemi. À force de persévérance, il réussit à changer de bataillon et à rejoindre les défenseurs de Paris. Lors du siège de Paris par les Prussiens auxquels il vouait une haine farouche, il révéla une audace et une bravoure qui en firent un héros adulé par tous et dont les faits d’armes étaient suivis au jour le jour par les parisiens qui pouvaient  s’identifier à cet homme du peuple, simple et discret et pourtant capable d’accomplir des actes héroïques. Il pratiquait une guerre de ruses et d’embuscades, sa connaissance de l’allemand lui permettant de tromper les sentinelles. « Chasseur d’hommes », il opérait le plus souvent seul et bien qu’excellent tireur il privilégiait le sabre et le corps à corps pour ensuite disparaître dans la nuit. Fin octobre, avec quelques francs-tireurs, il reprit aux Prussiens l’Ile aux loups sur la marne. Cet exploit lui valu de recevoir la Légion d’honneur le 6 novembre des mains du général d’Exéa, qui souligna que cette 1ère croix donnée par la République était bien méritée.

Le général Le Flô, ministre de la guerre, décida alors de le charger de porter une dépêche à Bazaine, encerclé dans Metz, considérant qu’il était le seul capable de franchir les lignes ennemies grâce à sa ruse et sa connaissance de l’allemand. Mais la prise de Metz intervint juste avant son départ. Comme il avait refusé toute rémunération ou tout honneur pour cette périlleuse mission, le ministre lui-même l’autorisa à ne plus dépendre de ses officiers et à choisir 12 personnes qui relèveraient de lui seul pour poursuivre son action.

Le 19 novembre, il fut mis à l’ordre du jour du 107ème de ligne par le général TROCHU, gouverneur de Paris pour avoir tué dans divers combats individuels 33 Prussiens et, le 5 octobre, en embuscade avec 15 hommes, mis en déroute une troupe d’infanterie et de cavalerie.

Il devint alors une sorte de légende, dont la tête était mise à prix 20 000 thalers par les Prussiens qui considéraient que ses méthodes de combat ne correspondaient pas à des méthodes de guerre « loyales ».

Au cours de la bataille de Champigny, voyant qu’il allait être fait prisonnier, il eut la présence d’esprit d’arracher galons et décorations et de se fondre dans la troupe. Malgré les soupçons des Prussiens, il réussit à dissimuler sa véritable identité pendant ses 4 mois de captivité à Cologne en prenant un nom d’emprunt.  Pendant ce temps à Paris, Paris Journal, constatant qu’il ne figurait ni parmi les morts ni parmi les blessés, déclara qu’il n’était qu’un imposteur et était en réalité un espion prussien, nouvelle qui fut bien entendu abondamment reprise par d’autres publications. C’est pendant sa captivité que le sergent HOFF apprit ces calomnies qui l’affectèrent grandement.

À peine libéré, il est incorporé sur le chemin du retour par le général CLINCHAMP pour marcher contre la commune. Au cours des combats il fut grièvement blessé et évacué vers un hôpital militaire. Dès sa sortie de l’hôpital,  il se précipita chez le directeur de Paris-Journal pour demander réparation par les armes. Celui-ci réussit à le persuader que la publication d’un démenti serait plus efficace. Et le jour même une réparation éclatante était publiée dans les feuilles du soir de plusieurs journaux.

Commença alors pour le sergent HOFF une période difficile. Homme simple, d’une grande modestie, il avait refusé d’être promu officier en invoquant le fait qu’il n’avait « pas assez d’éducation ». Il refusa également un grade dans l’armée des Indes offert par les Anglais. Mutilé militaire, gardien au bois de Boulogne puis au square du Trocadéro, il subsistait difficilement avec une maigre pension, souffrant de ses blessures et proche de la misère.

Jules CLARETIE, ému par sa situation, écrivit au président Mac Mahon. Cinq jours plus tard il était nommé gardien de la colonne Vendôme où il resta 5 ans. En 1881 il fut nommé gardien chef de l’Arc de Triomphe, avec grade d’adjudant. Il eut l’honneur d’y accueillir et de veiller le cercueil de Victor Hugo.

Dès lors, jouissant d’une relative aisance, il occupa ses loisirs dans diverses sociétés de tir, à instruire des jeunes gens. Il déposa même un brevet pour améliorer un fusil.

Il mourut le 25 mai 1902, peu avant sa retraite et fut enterré avec les honneurs militaires.

En 1880, alors qu’il était question d’offrir au sergent HOFF une fête et un banquet patriotique, Sadi Carnot écrivait : « La pensée de rendre un public hommage au sergent HOFF, en reconnaissance de sa belle conduite pendant le siège de Paris, mérite d’être encouragée par les patriotes. Nous nous rappelons tous combien le récit de cette campagne héroïque, d’un homme contre une armée, vint alors réconforter nos coeurs. De pareils souvenirs appartiennent à notre trésor national, et doivent y être religieusement conservés, mais chaque occasion de les remettre en lumière doit aussi être saisie avec empressement ».

Mais aujourd’hui, qui se souvient du sergent HOFF?

Au 20ème siècle d’autres guerres, mondiales celles-là, et autrement plus meurtrières, ont révélé de nouveaux héros qui ont remplacé dans notre mémoire collective le brave sergent HOFF.

Une lettre vous est dévoilée ici : http://autographe.com/fiche_produit.php?REFERENCE=18549

©ARTS ET AUTOGRAPHES 2011

Partagez :

Jean-Emmanuel Raux

Articles

Jean-Emmanuel Raux est expert en autographes depuis plus de 42 ans. Spécialisé dans l'achat, la vente et l'expertise d'autographes, lettres autographes et documents historiques, il dirige avec passion sa galerie parisienne Arts & Autographes. Jean-Emmanuel Raux est expert dans plusieurs études de commissaires priseurs. Il vous conseillera utilement pour la réalisation de vos collections.

Une réponse à Un héros oublié : le sergent HOFF

  1. J’ai été membre pendant plus de vingt ans d’une société de tir crée par le sergent Hoff vers 1880 quand la France voulait former des futurs soldats pour la « revanche » cette société est toujours bien vivante et le tir se pratique au stade Pierre de Coubertin a Paris. C’est l’Etoile des Ternes.

Laisser un commentaire

Le formatage de texte est disponible par la sélection de HTML. <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.