Réf : 33237 PEINTURE BEAUX ARTS

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[MONET Claude] — MIRBEAU Octave [Trévières, 1848 - Paris, 1917], journaliste, critique d’art, romancier et dramaturge français.

Ensemble de 9 lettres autographes signées, adressées à Claude Monet

L’auteur du Journal d’une femme de chambre, était aussi un fervent défenseur des impressionnistes, et ce dès 1884, date à laquelle débute son amitié avec Claude Monet. Suite à un article élogieux dans le journal La France, Monet lui offre le tableau Une Cabane des Douaniers. Mirbeau défendra toujours la peinture de Monet, que le temps consacrera, et forgera à l’artiste une réputation de génie. Une amitié indéfectible les liera jusqu’à la mort. Ensemble de 9 lettres autographes signées, adressées à Claude Monet. Sans date [vers 1892-1894] ; formats in-8° : — « Ma femme a écrit à Madame Monet et nous sommes un peu inquiets de n’avoir pas encore de nouvelles. Nous savons que c’est l’époque où Madame Butler attend le grand événement et nous faisons mille suppositions inquiétantes. Vous seriez bien gentil de nous rassurer sur votre santé à tous, d’un mot. Et les Cathédrales ? J’ai hâte de les voir se dresser dans leur magnifique symphonie de pierre. Nous avons beaucoup pensé à vous tous, tous ces temps, malgré l’effarement de notre déménagement et notre emménagement. C’est une terrible chose. Nous couchons sur des sacs, nous mangeons sur des malles. Et 22 ouvriers dans la maison ! Et pas un coin où se réfugier. » La série des Cathédrales de Rouen est un ensemble de 40 tableaux peints par Claude Monet représentant principalement des vues du portail occidental de la cathédrale Notre-Dame de Rouen, peintes à des angles de vues et des moments de la journée différents, réalisées de 1892 à 1894. — « Nous sommes absolument navrés de l’état de votre femme. Quand nous avons reçu sa lettre, nous croyions y lire la nouvelle de son rétablissement, et puis c’est le contraire. Que cela est triste. N’y a-t-il pas un peu la faute de Madame Monet ? Je vous dis cela parce que je vois ce qu’est ma femme, quand elle est malade. Elle augmente son mal à plaisir par des besognes trop fortes et une activité diabolique quand il faudrait du repos. Et je crois que toutes les femmes sont ainsi. Mais n’importe la raison, le fait est là et il est douloureux pour tout le monde. Dites bien à Madame Monet que nous irons la voir très prochainement, et que nous tacherons de lui donner un peu de courage, et de lui faire bien comprendre que le grand remède c’est le repos. Je ne puis vous dire le jour. Jeudi, vendredi et samedi nous avons du monde. Ce sera pour le commencement de la semaine prochaine. Ma femme écrira le jour. Car tout ici se complique de l’absence du jardinier. C’est avec ce temps, à donner sa démission et à ne plus avoir, qu’un géranium sur le bord de sa fenêtre. A bientôt une lettre, mon cher Monet. Ma femme embrasse bien tendrement la vôtre, et toute la famille, depuis les plus grands jusqu’au plus petit, que nous ne reconnaîtrons plus certainement. Car il doit avoir, déjà des moustaches, depuis le temps. Bien affectueusement votre mon cher Monet, Octave Mirbeau. » — « Vos lettres nous ont fait beaucoup de peine. Nous pensions Madame Monet tout à fait guérie, et vous en pleine joie de travail. Allons allons tout cela s’arrangera. Il faut en vouloir beaucoup à la chaleur qui est mauvaise aux malades et contraire aux énergies ; c’est elle la grande ennemie. Oui, je vous remontrerai ; et nous prendrons la décision d’envoyer promener le jardin ! Il faut choisir, car on ne peut mener de front le jardin et le travail, ça c’est sûr. Ma femme a remis au chemin de fer un panier d’abricots. Il sera à Vernon demain mardi, à la première heure. Envoyez-le chercher. Demain ou après-demain nous vous écrirons le jour où nous irons à Giverny. Je pense que ce sera samedi. » — « Nous sommes très heureux d’apprendre de bonnes nouvelles et nous espérons bien qu’elles se continueront. Veuillez dire à Madame Monet combien nous lui envoyons toutes nos vives sympathies. J’ai bien grande hâte, mon cher ami de voir vos cathédrales. J’y pense très souvent et elles apparaissent dans mon esprit, chaque jour, en rêves somptueux […] J’aurai un jardinier mercredi. Mais depuis plus de dix jours, mon jardin est à l’abandon. Donc crise, fleurs et légume. C’est un vrai désastre. » — « Voici votre train et il est charmant : Vernon 9 h. 54 — Poissy 11 h. 19. Vous me trouverez à la gare, avec Montesquiou qui vous recevra en vers ; et Magnard qui parlera en prose. Voulez-vous dire à Madame Monet combien nous avons passé une journée délicieuse près de vous tous, et combien votre amitié nous est douce. Dites lui aussi, au risque que je passe pour un rabâcheur, de bien se ménager et d’éviter toutes les imprudences, afin de pouvoir, sans danger, affronter ce grand voyage de Paris que nous attendons avec tant d’impatience ». — « Nous irons demain vous dire un bonjour. Mais ne vous occupez pas de nous, je vous en prie. Nous arriverons sur les dix heures, je pense. N’envoyez pas de voiture, car il possible que nous venions de Bonnières. Ce que nous voulons, c’est vous voir, c’est parler entre vous et Madame Monet, et vous redonner du courage et de l’espoir. Nous vous aimons bien, quand vous êtes heureux, nous vous aimons mieux encore quand vous avez de la peine ». — « Comment va Madame Monet ? Comment va le délicieux bébé ? Comment allez-vous tous. Dites à Mlle Blanche que ma femme s’excuse mille fois auprès d’elle, pour ne l’avoir pas encore remerciée de cette manche idéale qui ressemble à une conque marine. Elle lui écrira demain. Dites-moi aussi comment, à quelle époque, dans quel compost on sème les iris et les glaïeuls. Avez-vous reçu votre autorisation de prise d’eau ? » L’imbécile de préfet n’a pas répondu à Mirbeau. « Pourvu que ma lettre ne vous ait pas nui, au lieu de vous servir. sait-on jamais ce qui peut se passer dans la citrouille d’un préfet ? Enfin mon cher ami; dites aux Darwin de Giverny l’histoire suivante. » Il recommande L’origine des Espèces : pour « qui s’intéresse au grand mystère de la vie, c’est passionnant ». Puis Gustave Geffroy qui a fait des démarches pour avoir la croix : « J’ai appris que notre ami Gustave Geffroy a fait faire d’instantes démarches pour avoir la croix, au 14 juillet. On la remet au 1er janvier. Geffroy ! Oui mon cher ami. Et je ne puis me rappeler, sans mélancolie, qu’un jour, à déjeuner chez vous, au moment des affaires de l’Olympia, Geffroy vous suppliait de ne pas vous laisser décorer. Je me rappelle même la phrase : … ! Monet, ne nous lâchez pas ! » Il évoque ensuite l’affaire du fameux tableau d’Édouard Manet, Olympia, conservé au musée d’Orsay à Paris. Peinte en 1863, l’œuvre fut exposée pour la première fois au Salon de 1865 pour être rachetée par Monet : « Je ne puis me rappeler, sans mélancolie qu’un jour, à déjeuner chez vous, au moment des affaires de l’Olympia, Geffroy vous suppliait de ne pas vous laisser décorer. Je me rappelle même sa phrase : “Ah ! Monet, ne vous lâchez pas !” Vous verrez, ami, qu’il n’y aura que nous deux qui mourrons dans l’impénitence cruciale. Répondez moi, un mot, vite ; et surtout que votre réponse soit l’annonce de la guérison complète de Madame Monet, et de la pousse de la première dent du bébé. ». En post-scriptum, il décrit l’étonnant paravent que lui a fait Niederkorn. — « Voilà ce que vous pourriez faire, et ce qui serait charmant, et qui arrangerait tout. Puisque vous n’êtes pas libre maintenant, ces dames pourraient venir tout de suite et puis dès que vous seriez libre, vous viendrez avec ces dames. Cela nous donnerait la joie de les avoir d’une fois. Cette combinaison vous plaît-elle. A nous, elle va admirablement. […] Le temps est doux : il serait bon d’en profiter car qu’est-ce qui va nous arriver après ce précoce printemps ? Les travaux marchent ici. Mais que d’aria ! et que d’ennuis ! C’est à vous dégoûter d’avoir un jardin ! […] Nous pensons toujours bien à vous et nous sommes souvent, par l’esprit, à Giverny, où nous nous divertissons des mines délicieuses du baby, qui doit commencer à parler comme un ministre. Quel ennui de n’en avoir un ou deux autour de soi ! La vie est bien pauvre et bien vide quand on n’a que soi. Enfin , voilà Madame Monet guérie. Le printemps va lui donner le dernier encas. Elle va pouvoir aller et venir, comme autrefois nous nous en réjouissons, vraiment de tout notre coeur. Donc, cher ami, je résume ma proposition 1° Ces dames sans vous 2° Vous avec ces dames Et vive la joie ! Nous embrassons le baby, et nous vous envoyons à tous nos meilleures amitiés. » — [1893]: « Qu’est-ce que nous apprend Madame Monet ? Que vous avez été tous empoisonnés. Voilà une terrible histoire quand on a passé par là, on doit trouver la vie meilleure, une fois guéri. Je me rends compte des transes effroyables par ou, durant toute une nuit, ont du passer ceux qui n’avaient pas mangé de ces écrevisses […]. Nous irons lundi fêter votre résurrection, mon cher ami à moins que l’état de Mde Monet ne permet plus que cette fête ait lieu ici, encore, mais, pas d’écrevisses, hein ? D’ailleurs au point de santé ou je suis, cela n’aurait, quant à moi, que peu d’importance. C’est un demi-mort que vous recevrez, et un gâteux complet ! J’ai perdu l’espoir de guérir. » Il ajoute en post-scriptum : « P.S. J’oubliais, lundi, il faut que nous soyons là le matin. Nous arriverons de très bonne heure dans l’après-midi et nous resterons à dîner. Mais un de ces jours, nous irons, en bicyclette vous demander à déjeuner. »