Réf : 33565 HISTOIRE

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[CHAMBORD comte de (Henri Charles Ferdinand Marie Dieudonné d’Artois) [Paris, 1820 - 1883, château de Frohsdorf, Autriche], successeur à la Couronne de France.] — MONTBEL Guillaume-Isidore, baron de [Toulouse, 1787 - Frohsdorf, Autriche, 1861], ministre de Charles X, signataire des ordonnances de juillet 1830, il suivit le roi en exil.

5 lettres autographes signées

5 lettres autographes signées, adressées au comte de Rochelines, lieutenant colonel d’artillerie en 1838 attaché à l’état-major de Son Altesse Impériale le Grand Duc Michel à Saint-Pétersbourg. 1845-1849 ; 13 pages in-8°. Intéressantes lettres : — 1845 : « J’ai lu attentivement les memoires que vous m’avez fait parvenir et je les ai remis à Madame la comtesse de Marnes : ils font honneur à vos principes politiques, à votre bravoure et à vos talents militaires. Puisque vous me demandez mon avis, j’ajouterai qu’il y a toujours de graves inconvénients à montrer au public les faiblesses et les torts des grands personnages encore vivants, par là on risque de leur enlever le respect qui devrait du moins entourer et consoler leur infortune et l’on fournit des armes à ceux dont les mauvaises passions repoussent les princes legitimes en leur imputant une nullité absolue de caractère et de capacité […]. Il est dans les idées de Monsieur le duc de Chambord d’apporter la plus grande réserve dans ses jugements. Surtout à une époque de récrimination tatillonne ». — Janvier 1848 : la comtesse de Marnes [la duchesse d’Angoulême] a reçu son poème : « Le siècle n’est pas poétique. Les hommes de notre époque qui ont le plus de talent ne trouvent pas de lecteurs pour leur publication en vers. Le théâtre est le seul assisté des muses. On écoute languissamment une tragédie plus gaiement une comédie, beaucoup plus volontiers un mesquin vaudeville. Telle est notre époque ! Je suis loin de lui en faire mon compliment. Par suite les journaux se taisent complètement sur les poëmes, parce que leur premier soin est de servir le public en suivant son gout. Monsieur le comte et Madame la comtesse de Chambord sont allés passer l’hyver à Venise. Nous en avons de bonnes nouvelles, ainsi que de Madame la Princesse héréditaire de Parme qui se trouvait à Turin. » — Vienne, 29 novembre 1848 : « Votre lettre a été remise à Monsieur le comte de Chambord […]. Il compte sur la loyauté dont vous avez donné des preuves dans tant de circonstances.[…] Monsieur le comte de Chambord est un prince instruit d’un esprit remarquable, et ce qui vaut mieux encore doué d’une grande rectitude de jugement. Ses ennemis ne peuvent pas lui reprocher de fausses démarches. Dernièrement l’un d’eux a lu à la tribune de l’Assemblée une lettre du comte de Chambord. Toute l’Europe a pu juger de l’élévation de ses pensées et de ses sentiments, et jamais pareil ennemi ne fut plus maladroit. Deux camps opposés partagent la société actuelle : l’un combat pour l’ordre, l’autre pour le désordre. L’on voit le bien dans la subversion de toutes les institutions sociales, l’autre voit le mal dans la destruction de la propriété de la famille, de l’autorité gouvernementale ; l’un appelle progrès la révolte de Lamberg, à Francfort par l’assassinat de Lichnowsky et d’Auerswald à Prague par l’assassinat de la princesse de Windischgratz, à Vienne par l’assassinat de Latour. L’autre appelle ce progrès par son nom, un mouvement rétrograde vers la barbarie des hordes sauvages des forêts […]. Ainsi j’ai vu bon nombre de magnats hongrois soutenir avec un enthousiasme frénétique les progrès de Kossuth qui les a anéantis et en a déjà fait pendre quelques-uns […]. M. le comte de Chambord sait que l’humanité progresse nécessairement parce que comme le dit si bien Pascal, l’humanité est un homme qui apprend toujours. […] De toutes les stupidités la plus niaise est celle des aristocrates qui applaudissent aux idées dont l’application est leur anéantissement. » — Frohsdorf, 3 février 1849 : il lui annonce qu’il peut compter sur l’intérêt de la comtesse de Marnes et du comte de Chambord et qu’il ne veut pas de relation avec la famille impériale russe : « Ils ne sont pas en correspondance avec la famille impériale. Ils se sont fait une loi d’observer à cet égard la plus grande réserve. Bien des circonstances leur ont appris que le malheur doit se respecter lui-même et qu’il ne doit pas se faire accuser d’indiscrétion. Nous avons souvent entendu dire : “Res sacra miser...” mais l’infortune doit se tenir à l’écart et c’est le parti qu’a pris Monsieur le comte de Chambord, ainsi que son auguste tante. […] Puissent les circonstances changer et donner à Monsieur le comte de Chambord la possibilité d’utiliser les talents et la loyauté ce sont des qualités qui nulle part ne sont en assez grande abondance pour qu’elles soient negligées par un prince intelligent. L’année 1848 a produit des événements terribles et d’utiles enseignements. Ce qui s’est passé en Autriche est digne de meditation. Un empire dissous en un instant par des pédants et des folliculaires, et reconstitué rapidement par l’énergie des troupes et la fermeté des chefs. C’est l’organisation et la discipline triomphant de l’anarchie. En France je crains bien que l’anarchie n’ait le temps de faire encore bien du mal. »