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Arts & Autographes

Réf : 38102 hISTOIRE

3 800 €

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ALI (Louis-Tienne Saint-Denis, dit) [Versailles, 1788 - Sens, 1856], mamelouk de l’Empereur Napoléon.

lettre autographe

Lettre autographe, non complète mais d’une très grande importance!, adressée à sa femme Mary qui fût la gouvernante des enfants du Général Bertrand. Cadix 17 juillet 1840 ; 4 pages in-8°.
Récit du Mamelouk Ali, A bord de la Belle Poule afin d’aller chercher le corps de Napoléon à Sainte-Hélène.

« Hier matin, nous avons mouillé devant Cadix. Notre voyage depuis Toulon a été des meilleurs pour la navigation ; nous avons passé le détroit de Gibarltar avec vent arrière et nous spmmes restés à louvoyer la soirée et toute la nuit le pilote espagnol ne voulant pas se risquer dans les passes qui sont obstruées de bas-fonds et de rochers à fleur d’eau. A 8 heures nous avions jeté l’ancre. Nous avons bonne nourriture à bord, nous serions bien tout à fait si notre cabine avait plus d’air. Elle n’est éclairée que par un trou qui n’a pas un pied carré et qui lorsque nous sommes en mer est presque constamment fermé, aussi passons nous nos nuits comme un bain de vapeur. Nous nous levons de bonne heure et allons dans la batterie, qui se trouve au dessus de nous ou sur le pont : nous avons la jouissance de l’arrière sous le vent, l’autre côté est réservé au prince et aux personnes de distrinction qui sont à bord. Je te le répète nous ne sommes pas mal ; ces messieurs nous parlent assez souvent mais les officers sont toujours des officiers et il semble qu’il y a sur notre front une marque ineffaçable qui nous classe toujours au-dessus de la place que nous voudrions occuper. Nous sommes deux qui sentons bien tout cela mais les deux autres n’y font pas attention ; au reste tu nous connais tous les quatre. La bonne intelligence se maintient toujours moyennant quelques petites concessions et j’espère que cet état durera tout le temps de notre voyage. Nous sommes tous en bonne santé. Pierron et Noverraz n’ont été indisposés que pendant 24 heures. Pierron et moi couchons dans des cadres suspendus, Noverraz un cadre sur deux malles et Archambault dans le hamac à la porte. Toute notre occupation est de boire, manger, dormir et nous promener. Il ne nous manque comme je viens de te le dire qu’un peu d’air et un peu plus de cette considération qui flatte l’amour-propre. Le prince paraît être un fort bon jeune, tout le monde l’aime depuis le premier jusqu’au dernier du bord. Ce qu’on peut lui reprocher c’est de n’avoir pas un peu plus de sévérité à bord d’un bâtiment qui a plus de 500 hommes d’équipage : il craint toujours de punir, ce qui serait cependant nécessaire pour maintenir l’ordre et la dicipline parmi un si grand nombre d’hommes et parmi lesquels il y en a toujours quelques-uns de verreux. Dans l’après-midi du 16 nous avons eu la liberté de débarquer. A une heure nous étions tous les 4 en ville et flanant dans les rues. Vue du port, Cadix nous parut une ville charmante : toutes les maisons blanchies à la chaux et les persiennes vertes font un effet des plus pittoresques ; il y a de jolies petites places plantées d’arbres et une très belle promenade donnant sur la mer : c’est dans cette dernière que se réunissent les promeneurs pour y passer la soirée. Les hommes sont mis comme à Paris et les femmes au lieu de chapeaux portent des mantilles noires garnies de dentelles comme dans les autres parties de l’Espagne. Nous avons remarqué de très belles figures mais un peu brunes et des yeux superbes? A côté de l’opulence nous avons vu beaucoup de misère. J’en reviens à la ville : les rues sont très étroites mais alignées et assez propres, des dalles le long des maisons, sont ornées de balcons très saillants à tous les étages, peints en vert, en jaune. [...] Beaucoup de ces maisons sont surmontées de tours quarrées qui sont autant de belvédères qui donnent sur des terrrasses où on passe probablement une partie de la nuit. Nous sommes allés voir la Cathédrale qui est l’édifice principal : c’est une belle pièce sur laquelle est un beau dôme autour duquel il y a une terrasse qui domine la ville de tous côtés ainsi que la mer qui l’environne : en un mot c’est un superbe panorama. Dans la soirée c’est-à-dire un peu avant que le soleil fût couché, nous avons rencontré le prince qui se promenait sur la belle promenade avec toute sa suite. Marchand était du nombre et a passé sans jeter un coup d’oeil sur nous, il a craint probablement de se compromettre. Nous avons gagné le port et sommes retournés coucher à bord, nous remettre dans notre étuve où nous avons passé une bonne nuit ayant pu ouvrir notre soupirail. Le 17 nous sommes encore sortis de la frégate ; sur les 8 heures nous avons eu la permission du prince de passer la nuit en ville afin de nous promener à notre aise et jouir d’une belle soirée dans la ville où tout est si différent de ce que j’ai vu partout où j’ai été. Nous devons remettre à la voile dimanche soir dit-on, et nous mettrons à profit tout le temps que l’on nous laisse quoique nous n’aimassions mieux voguer sans arrêt sur Ste Hélène. Il paraît que notre rentrée en France n’aura guère lieu que vers le 15 décembre, en conséquence nous ....»