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Arts & Autographes

Réf : 38273 HISTOIRE

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SALMON Yvonne [Paris 1885 -Bougival 1965], Active propagandiste de la France libre elle publia en 1943, à Londres, la première biographie du Général, intitulée Le général de Gaulle. Après la guerre, elle demeure une gaulliste convaincue. française.

Manuscrit autographe.

Manuscrit autographe de premier jet intiulé « Les Humbles » ; 29 pages in-4°.

Manuscrit poignant consacré aux combattants de la France Libre, “les humbles” célèbre ces volontaires anonymes - ouvriers, marins, étudiants, pères et fils - qui quittèrent tout pour rejoindre le Général de Gaulle et poursuivre la lutte. Dans un style ardent et profondémet humain, Yvonne Salmon exalte la fièrté de leur courage intact, cette foi indomptable qui mena à la victoire et fit renaître une France libre.

Les Humbles dans la France libre ? et le Général de Gaulle ?
« « Ce que nous sommes? Rien n'est plus simple que de répondre à cette question ... Nous sommes des Français, de toute origine, de toute condition, de toute opinion, qui avons décidé de nous unir dans la lutte pour notre pays ! » Charles de Gaulle, 15 novembre1941.

Des Français, de toute origine, de toute condition, telle fut la caractéristique essentielle de la France Libre, puis de la France Combattante. L'histoire des grands a été dite leurs noms étaient connus ou le sont devenus, mais quelle est belle l’histoire de la foule, des humbles, qui se sont unis aux grands dans la lutte pour notre pays, qui ne demandaient que des cadres dignes de les guider, et qui ont tout de suite reconnu le clair métal de la voix qui mettait l'ennemi au défi. Lorsqu'en ces jours de victoire, le hasard d'une course dans le métro à Paris, vous fait rencontrer l'un d’entre eux, lorsqu'au cours d’une conversation, on évoque une histoire, tous, les uns après les autres, se dressent en légion. Voilà Georges le Breton, qui raconte son aventure retour d'une permission passée chez un brave mineur Gallois, qui lui aussi est Gaulliste et a mis sa maison à la disposition des Français libres pour que les soldats puissent avoir une famille adoptive, on se serre, la femme lave, raccommode les habits du jeune Français, les enfants lui apprennent un peu l'anglais et le promènent ; ainsi d'humbles britanniques ouvrent leurs portes à d'humbles Français, isolés loin de leur famille. En traversant Londres, pour rejoindre son corps à Camberley, Georges a bien gros cœur, il a quitté ses nouveaux amis, et il pense avec une plus grande émotion encore à ses parents : « Comment les a-t-il quittés ? L'Armistice est annoncé, Georges rentre du travail, il vient d'avoir 18 ans et sa mère lui annonce l'affreuse nouvelle. « Vas voir ce que fait ton cousin, Pierre, il y a un général qui continue la guerre en Angleterre ! Sautant sur sa bicyclette, Georges monte chez sa tante. À la porte de la chaumière, il trouve son cousin, qui embrasse sa mère, son baluchon sous le bras. Il part donc ! Les deux cousins redescendent la colline, et voient la mère de Georges, un sac à la main sur le seuil de la porte Je savais bien qu'il partirait ! Tiens, voilà tes affaires, ne rentre pas, ton père pleure de ne pas pouvoir partir avec toi ! Au revoir! Et Georges ajoute : j'entendais mon père, grand mutilé de 1918, sangloter, ma mère m'a embrassé bien fort ; puis je suis parti en courant très vite sans me retourner parce qu'elle était là debout ses grands yeux noirs comme quand elle a de la peine ; si je m'étais retourné, je ne serais peut-être pas parti, et ils ne me l'auraient jamais pardonné. » Les 600 humble Français habitant les alentours de Londres, qui le 27 juillet réunis en Assemblée Générale, s'inscrivent pour aider la France comme ils disent : la femme de chambre qui régulièrement, tous les mois, enverra pendant quatre ans, un quart de ce qu'elle gagne ; le garçon coiffeur, qui fera de même ; celles qui auront toujours un coin pour loger un convalescent, tous ces humbles, ne penseront qu'à aider au maximum, celui qui leur aura permis de garder la tête haute devant l'allié britannique. Telle Française, demande à toutes ses amies jusqu'à les importuner, dit-elle elle-même un peu gênée, des morceaux d'étoffe pour faire des poupées, qu'elle vendra fort cher au profit des « volontaires » ; sa maison est un véritable atelier ; son mari typographe anglais est plus fanatique qu'elle quand il s'agit des combattants de la France Libre. Car la belle histoire des humbles et d'autant plus belle que c'est une histoire franco-britannique. Trois officiers qui vont s'engager à Carlton Gardens, voient avec un étonnement ému, le chauffeur du taxi, qui les conduit leur rendre le prix de la course et le pourboire, en disant avec un bon sourire « Pour la France ». Brigade internationale, plutôt même au service de la France, que cette tribu des humbles: 3000, sud-Américains des divers pays de l'Amérique Latine se sont mis en route en 1940 pour rejoindre les rangs de la France Libre dans le seul but de rendre au monde une France délivrée ; esprit qui s'est maintenu, puisque en 1943, un petit garçon Colombien visitant l'Exposition de la France Libre à Bogota, met une pièce d'argent dans le tronc, placé à la porte en murmurant : « une balle pour tirer un Boche ! ». Une fermière islandaise, recevant une Française avec grand honneur, a préparé une réception à la mode si hospitalière de son pays ; ne sachant comment remercier notre compatriote, donne à son hôtesse, son insigne à Croix de Lorraine, et émue la dame Islandaise, remercie en ces termes : « Ce sera un précieux souvenir, car chaque soir en priant pour la France, je pleure! » La masse britannique garde son affection au Général de Gaulle, cet ami des mauvais jours, parce qu'il a eu confiance en la Grande-Bretagne et symbolise le respect de la parole donnée, si chère au cœur des Anglais. Comme il vient de la France, dont on vante le climat, en 1941, lorsqu'on prédit un hiver sans charbon, les Ecossais, d'une humble rue d'Édimbourg, se cotisent pour lui envoyer une chaude et moelleuse robe de chambre : l'envoi est anonyme et pendant 18 mois, le Général de Gaulle ignore qui a eu cette délicate pensée ! Mais cette adhésion des peuples à la grande figure qui, par ses caractéristiques chevaleresques et morales, incarne la France à leurs yeux, est une autre histoire qui devra être dit un jour prochain. Il convient cependant de noter encore ici, l'impression de joie admirative que les ouvriers de l'usine anglaise qu'il visitait, ont ressenti le 21 octobre 1941 devant ce grand « manouvrier » des chars quand il s'est assis dans le bel engin sorti de leurs mains et l'a mis en marche dans la cour de l’usine ; pour eux, c'était un connaisseur de haute classe qui donnait toute sa valeur à leur œuvre. Ainsi cette amitié britannique accueillit les Français qui arrivèrent de partout, au prix de grosses difficultés en flot continu plus ou moins dense. C'étaient d'abord dans le chaos des premiers jours, au milieu, des soldats étrangers et des Britanniques, habitant la France, échappant à l'envahisseur après avoir fait des kilomètres dans des wagons, puis dans des camions, des soldats qui arrivaient à Saint-Jean-de-Luz où grâce à la complicité des Polonais, ils pouvaient se réfugier dans un coin du navire qui les emmènerait continuer la lutte contre l'Allemand. C'étaient ces jeunes garçons qui traversèrent la Manche pour rejoindre l'allié ; l'histoire de ceux-ci se résume dans celle d'un sous-lieutenant observateur du Groupe Lorraine. Colcanap faisait partie de 14 jeunes garçons, qui s’évadèrent ensemble, après avoir juré de rendre la liberté à la France; c'était un gamin vieux de 17 ans 1/2, quand il débarqua en Angleterre en 1940. Avant de lui permettre de faire son entraînement dans l'aviation, on l'obligea à passer son Baccalauréat au Lycée français. Dans la composition française d'un examen au Camp de Old Dean à Camberley où ils étaient à l'entraînement, Colcanap exprime le sentiment qui animait ces jeunes gens : « En m'analysant bien, maintenant je m'aperçois que, en m'embarquant, j'ai senti remuer en moi quelque chose qui a été comme une partie de moi-même, et cette secousse a réveillé toute les forces de mon orgueil et de mon énergie primitive. Oui, ma première réaction a été celle-ci : un Français ne peut pas laisser son Allié se battre seul, même si ce dernier est responsable de la guerre. Ça m'a été une consolation intérieure d'autant plus belle que, longtemps j'en ai ignoré la source et la raison véritable. Toujours est-il que j'ai eu une révélation soudaine du beau, du vrai, du juste. De là est jaillie, une lumière qui m'a toujours éclairé depuis 10 mois que je suis en Angleterre, et qui toujours ma empêché de dévier du droit chemin. Et je me suis embarqué tout tranquillement comme je suis né, comme j’ai vécu, et comme je mourrai, fort probablement. » Les annales du Ministère de l'air en date du 17 novembre 1944, nous apprennent en ces termes, comment Colcanap, dernier survivant de ce groupe de 14 jeunes braves, faisait son devoir tout tranquillement : « Est cité, à l'ordre de l'Armée aérienne, « les lieutenant Colcanap. Robert du Groupe Lorraine », « Observateur ardent et courageux à donner en exemple par son allant et sa conscience professionnelle. A rejoint les Forces Françaises du Général de Gaulle, à l'âge de 17 ans, s'évadant de France occupée; et s'est engagé dans une unité combattante dès qu'il eut atteint l'âge requis. A mérité l'estime et l'affection de ses chefs et de ses camarades, pour son ardeur juvénile et ses grandes qualités de cœur et de courage. Le 22 octobre 1943, au cours d'une mission particulière, particulièrement importante, son avion, étant touché par le « Flack » et lui-même étant blessé, à l'œil et à la jambe au moment de l'entrée en territoire ennemi, a néanmoins accompli entièrement sa mission. A trouvé la mort le 1 novembre 1943, au cours d'un vol d'entraînement, dans des circonstances montrant une fois deux plus le plus bel esprit de sacrifice ; son pilote essayant de poser son avion désemparé sur un terrain de football, accepta le risque de se poser dans un endroit moins propice pour éviter de heurter les joueurs aperçus au dernier moment sur le terrain choisi. » - Signé « de Rancourt » - Ainsi mourut-il, comme il s'était embarqué. . tout tranquillement. C'était le sergent Henri de Péronne, blessé pendant la bataille des Flandres, et tué par les premiers bombardements de Londres. Il s'était engagé, parce qu'il ne voulait pas se présenter à sa femme et à sa petite fille, avant d’avoir aidé à leur libération en même temps qu’à celle de la France. Ce furent les soldats de la légion étrangère, retour de Norvège, qui répondirent à l'appel pour le combat avec leur Colonel, Maingret- Vernerey (Magrin-Vernerey ?), leur capitaine Pierre O. Lapie et autres, puis chaque jour des groupes arrivèrent : équipage de sous-marins, de quelques unités de guerre, et des isolés militaires ou civils. Ceux de Londres, alertent les amis et connaissances de province ; le 29 juin, le Général de Gaulle rencontre les représentants de la Colonie Française. Ce jour-là se révèle le caractère particulier de la France libre, ce sera pour chacun une aventure librement consentie, le Général de Gaulle n'a pas énoncé de programme spectaculaire, il n'a fait aucune promesse, il parla de devoir et d'espérance.... tout simplement ! Les escaliers et les corridors de ses bureaux à St Stephen's House sont encombrés de matelots et de soldats, des familles entières arrivent du Pas de Calais, du Nord et de Bretagne ; on ne s'y reconnaît guère, ce sont des Duval quelque chose ou des quelques choses Duval, familles de pêcheurs venues avec leurs bateaux de pêche pour aider le Général de Gaulle et l'Angleterre; puis les hommes de l'Ile de Sein qui feront la poste avec la France pendant ces dures années, malgré les dangers, que ce travail comportait. Encore cet ouvrier de l'Arsenal de Brest, qui en rentrant de son travail trouve sa femme devant une valise fermée ; la bonne Bretonne dit à son mari : « le Vieux va signer l'armistice, un général continue à se battre en Angleterre, voilà ta valise, pars. » « Est-ce que je peux attendre le gars pour lui dire au revoir ? » « Oui », répond la femme. Le gars arrive et apprenant l'histoire il veut partir aussi. « Je l'avais bien pensé », dit la mère « il y a vos affaires à tous les deux là-dedans. » Père et fils s'engagèrent à Londres dans la marine ; au mois de mai 1941, le père naviguait seul, portant deux Croix de la Libération sur la poitrine, la sienne et celle de son gars, tué à côté de lui en mer. Au furet à mesure que les blessés de Dunkerque se rétablissaient et sortaient de l'hôpital, la question se posait pour chacun de savoir s'ils rentreraient en France, ou s’ils resteraient en Angleterre, pour y fortifier les rangs des « Volontaires », réunis autour du Général de Gaulle. Parmi eux, se trouvaient des réservistes, des ouvriers, restés insensibles à la cinquième colonne qui, au camp de rassemblement à Londres, menaçait ceux qui resteraient, de représailles sur les familles : vendeurs de journaux, petits hôteliers (sic), garagistes, électriciens, employés de commerce, maçons, mécaniciens, cuisiniers, ils s'étaient engagés dans les ForcesFrançaises Libres, pour y travailler, soit comme soldats, soit comme ouvriers spécialisés ; le mystère français s'est encore une fois vérifié, tout Français peut faire un travail qualifié, ceux-là n'étaient pas de tout jeunes exaltés, ils avaient vécu la dure bataille des Flandres en mai 1940, après le long et dur hiver de 1939 ; leurs pères avaient combattu pendant la dernière guerre. Ils avaient, tout simplement des enfants devant qui ils ne voulaient pas se présenter avant la victoire, puisqu'il leur était possible de continuer la lutte; à leur idée, le seul raisonnement valable pour un Français qui n'était pas prisonnier en France, c'était de vouloir être vainqueur, et ils résistaient au Consul Général qui les sollicitait de rentrer en France, retrouver leurs petites économies, leur petite maison, leur petit emploi! Sans ambition pour eux-mêmes, ils ne pouvaient cependant concevoir une France sans grandeur. Bientôt du reste, ils eurent la preuve que les Français en France, pensaient comme eux ; la métropole se remettait, graduellement du choc qui l'avait étourdie, et ceux qui arrivèrent en novembre a un prix de mille difficultés étaient la preuve vivante que Français Libres et Français enchaînés formaient un tout. Le 4 novembre, un groupe de 12 jeunes gens arriva à Londres, l'un deux était bien connu dans la capitale anglaise, car il avait été pendant plusieurs années attaché de Chancellerie à l'Ambassade. Mobilisé en 1940, il avait été fait prisonnier à Lamotte-Beuvron près d'Orléans, il s'évada et se mêlant à la foule il remonta vers Paris, couvert d'un sac, affublé d'une fausse barbe , marchant comme un vieillard; il passa un mois dans la capitale, la plupart du temps dans une cave traqué par les recherches des Allemands; il partit enfin, pour Nantes, mis quelques temps à trouver quelques jeunes gens voulant partir comme lui ; ils se trouvèrent enfin douze ; cherchèrent une barque qui leur coûta 60.000 francs ; versèrent une forte somme en y mettant toutes leurs économies, et promirent de verser dans une barque anglaise le reliquat ; ce qu’ils firent intégralement sur leur faible solde de simples soldats ! Mais partis de la côte bretonne aux environs de Douarnenez, nos jeunes navigateurs se trouvent pris dans une tempête, restent 12 jours en mer, manquant de vivres, et ne subsistant que par un rationnement sévère et une discipline strictement observée. Ils arrivent enfin, atteints de scorbut, mais veulent s'engager tout de suite en dépit de leurs souffrances. nos jeunes navigateurs se trouvent pris dans une tempête, restent 12 jours en mer, manquant de vivres, et ne subsistant que par un rationnement sévère et une discipline strictement observée. Ils arrivent enfin, atteints de scorbut, mais veulent s'engager tout de suite en dépit de leurs souffrances. Ce sont eux qui, les premiers donnent à Camberley des nouvelles de la France, montrent la communion qui existe entre ceux de là-bas et ceux d'Angleterre. Dans ce groupe se trouvent les deux fils d'un chirurgien de Rennes, le Dr Vourch. C'est ensuite le 1 novembre qui révèle au monde la révolte des étudiants de Paris et la brutalité de l'occupant allemand ; quelques semaines plus tard, une lettre de France arrive à Camberley. Elle est du Dr Vourch à son fils aîné, étudiant en médecine. La famille Vourch est une de ses familles françaises caractéristiques dans leur tranquille héroïsme. Elle se compose de quatre fils et de plusieurs filles. Les deux aînés sont donc arrivés en Angleterre. Le fils aîné, reçoit la lettre suivante de son père « l'Institution universitaire de France occupée à laquelle tu appartenais m'a adressé un questionnaire au quel je répondis par retour : - situation actuelle ? Je l'ignore, sans doute s'efforce-t-il d'atténuer le déshonneur français si bien soigné à Vichy. - Doit-il revenir ? Oui, après la Victoire. J'avais quelques appréhensions sur l'accueil qui serait fait à une telle déclaration de sentiments. Je suis tranquillisé par la lettre suivante reçue à l'instant: « Monsieur voulez-vous me permettre de vous dire à titre personnel, mes félicitations. Votre fils est de ceux à qui nous devons de garder espoir et confiance, de ceux à qui nous devrons de retrouver un jour notre fierté d'être Français. J'ai tout lieu de penser qu'il retrouvera là, où tous nous souhaiterions être quelques-uns de ses camarades d’ici. Croyez Monsieur, à toute ma sympathie. Et c'est signé du nom de la secrétaire de l'Institution en question. Suivent quatre phrases, chacune d'elle signée d'un nom de professeur ou d'étudiant : « en qualité de Française et de Bretagne, je m'associe aux sentiments exprimés par notre secrétaire sur la belle conduite de votre fils. « Bravo pour votre fils dont la place est viable. « J'associe pleinement mes félicitations à celles qui précèdent. « Je me joins à mes collègues et je suis pleinement heureux du geste heureux de votre fils. » En effet, (avec) les fils Vourch avaient retrouvé à Camberley un noyau de jeunes étudiants : futurs médecins, pharmaciens, candidats à Navale, à Polytechnique, à Saint-Cyr. Ils formèrent les embryons des écoles et pelotons d'officiers que d'admirables jeunes officiers, le lieutenant Molina, le Capitaine Emmanuel Dupont, tué le jour de l'entrée à Paris en 1944, le Pasteur Stael, l'Abbé Lepoutre et tant d'autres formèrent (les cadres) pour encadrer l’armée d'Afrique, qui se couvrit de gloire du Tchad à Paris. Les deux autres fils Vourch rejoignirent leurs frères, dès qu'ils atteignirent leurs 18 ans; puis le Père lui-même partit et laissa sa femme et ses filles qui continuèrent tranquillement à travailler dans les réseaux de la résistance. Le sergent Jean Vourch tomba aux portes de Paris le 29 août 1944 ! Après ces premières nouvelles de France, les Français libres eurent des contacts plus fréquents avec la métropole, et les arrivées se multiplièrent : par exemple, ces deux barques de pêcheurs, qui arrivèrent avec tout leurs équipages, vêtus de la toile rose des Douarnenais, elles avaient faussé la politesse aux patrouilles allemandes, et ayant entendu les Allemands qui occupaient leur région dirent qu'en Angleterre, on mourait de faim, ils apportaient caché sous les filets, du porc fumé, des mottes de beurre, pour faire plaisir à ceux qu'ils rejoignaient ! Des histoires aussi touchantes sont vraies, des territoires français du monde entier et des groupes de Français de l'étranger. Les marins de la marine marchande quittent leurs bateaux dans les ports étrangers pour rejoindre la France Libre; les prisonniers s'évadent d'Allemagne, par la Russie et en juillet 1941, il en arrive presque 200 avec le Capitaine Billotte ; ils ont souffert de terribles souffrances de jour et de nuit avant d'arriver à rejoindre Londres. Aux alentours de Penzance s'est constitué un vrai village de pêcheurs français avec leurs femmes et leurs enfants; tous attendant en travaillant, le moment de retrouver le pays libéré. Hervé Le Scour, chasseur, reçoit de sa mère d'admirables lettres qui traversent la France de mains en mains avant de parvenir à Londres, d'où elles repartent pour le cœur de l'Afrique Libre, où se trouve Hervé. - La mère à son fils, première lettre : « Et toi, mon chéri, comment vas-tu revenir ? Qu'importe, pour moi, tu seras toujours le fils auréolé de la gloire d'avoir fait son devoir, et qui n'a pas hésité dans son choix, malgré les risques que comportait ce choix. La voie que tu as prise est la bonne, mon Hervé, nous sommes fiers de toi ». Cette lettre en contenait une du père : « Ton père qui est fier de toi, vient encore une fois t'exprimer tous ses remerciements pour le dur mais noble sacrifice que tu as consenti pour le salut de la Patrie, c'est-à-dire notre libération à tous. Bon courage, mon cher enfant, et souviens-toi que la foi inébranlable que tu as mise dans le destin de la France, (ta conduite le prouve) est partagée par tous les bons Français ». - Deuxième lettre de la mère à son fils : « À ton retour, nous fêterons ensemble notre victoire, car ici personne ne doute de vous. D'ailleurs les faits sont là pour nous prouver de quoi vous êtes capables ; votre prodigieuse avance en Libye, où nous sommes fiers d'apprendre que des Forces Libres prennent part au combat, malgré les dangers qu'ils comportent. Hélas ! Qu'il n'y ait pas trop de victimes dans ces combats et que la victoire finale ne tarde pas trop. Nous vous attendons stoïquement et sommes prêts à vous aider le moment venu. Tous les jeunes gens qui sont revenus de là-haut, à peine venus le regrettent, et cherchent le moyen de s'en retourner ; quelques-uns réussissent, mais le plus simple eut été de faire comme toi, mon chéri. Je suis heureuse de penser que tu as vu où était ton devoir » Ce fut ce professeur de Quimper qui vint emmenant dans sa barque ses 19 élèves de première quelques jours après que son frère eut été fusillé par les Allemands ; ce qui fut cause que le deuxième de ses frères fut également victime de l’occupant. C'étaient des familles entières comme celle des deux frères Montjarret, de Plouha, Côtes du Nord, que la mère, entendant Pétain parler d'armistice le 18 juin 1940, envoya en Angleterre, où ils s'engagèrent à la France Libre le 1er juillet 1940. Joseph fut parachuté en France ; son jeune frère chasseur dans la division Leclerc en a fait toutes les campagnes ; Lorsque Madame Montjarret appris l'arrestation par la Gestapo à Lyon de son fils aîné, elle décida de servir à sa place dans la mesure de ses moyens. Elle commence par héberger deux jeunes gens réfractaires du travail en Allemagne et les cacha dans sa propriété. Elle est dénoncée à la police allemande et sa propriété est perquisitionnée, puis surveillée pendant plusieurs semaines ; son cousin et sa fille (arrêtés) sont arrêtés, longuement interrogés et finalement relâchés. La surveillance cesse enfin, et Madame Montjarret entre dans un réseau d'évasion, rattaché à l'Intelligence service. Sa propriété à 4 km de la plage ou atterrissent les bateaux qui viennent chaque mois chercher les pilotes abattus au-dessus de la France, devient le dernier relais avant le départ de nombreux Canadiens, Anglais et Américains qui y sont hébergés, cachés, nourris, cajolés. Le jour du départ annoncé par « un Message Personnel », Madame Montjarret ne pouvant pas en raison de son âge, accompagner ses hôtes à la côte, en charge sa fille aînée Françoise qui guide les groupes à travers les champs de mines. Et cette activité de la mère et des filles dure jusqu'en août 1944, date de la libération de la Bretagne tandis que Jojo est derrière les barbelés comme déporté politique et que son frère combat dans la division Leclerc. Il y a aussi des femmes qui quittèrent tout pour faire des liaisons comme Madeleine David, pseudo Christiane qui commença à militer dans un réseau clandestin en mars 1942 et effectua de nombreuses liaisons pour le délégué général du Général de Gaulle, et pour Joseph Monjarret (pseudo Hervé), chef de réseau d'atterrissages et parachutages. Arrêtée en octobre 1942 à la suite d'une dénonciation par un officier en retraite de Vichy qu'elle était allée contacter de la part de son chef, elle fut interrogée du matin au soir pendant 4 jours de suite et frappée. Non seulement elle refuse de donner des noms, mais encore nie l'activité qu'on lui reproche. Après cinq semaines de cellule elle est relâchée dans un état de santé très précaire par suite des mauvaises conditions d'alimentation et d'hygiène où elle a été tenue. Elle reprend son activité sous un autre nom ; participe à plusieurs opérations d'atterrissage et de parachutage, en particulier, au départ de Monsieur Frenaye. Participe en juin et juillet 1942 à la tentative d'évasion de Jean Moulins (Pseudo Rex). Elle doit faire le guet sur le passage des voitures de la Gestapo, cette garde dure 5 jours. Echappe à une arrestation de la Gestapo grâce à son extraordinaire sang-froid. Ensuite elle sert d'agent de liaison entre le réseau et des amis internés à Lyon et à Paris. Elle réussit à leur faire passer lettres et colis, malgré les difficultés de ce travail qui dure jusqu'en octobre 1943, date de sa deuxième arrestation par la Gestapo. Interrogée pendant
près d'une semaine, elle établit si bien son système de défense qu'elle est libérée après 25 jours, les Allemands croyant s'être trompés de personne. Elle reprend son activité jusqu’au jour de la libération ....Puis il y a encore le merveilleux esprit des camps ou les soldats du Général de Gaulle
faits prisonniers ont trouvé des camarades avec qui ils ont saboté ! Ainsi donc, petit à petit la liaison s’est faite, d’humbles héros travaillaient en France, les uns en réseau, les autres isolément. À Royat, un facteur, sans que nul le sache, a soustrait plus de 500 lettres de dénonciations adressées à la Gestapo et trouvait de braves gens chez qui les cacher; au même endroit, les cheminots qui ont fait dérailler les trains allemands, le commis de gare, qui faisait des parachutages la nuit et le jour distribuait sous le manteau, la presse clandestine; cet étudiant de Paris, qui subtilisait à la Bibliothèque Nationale les livres du Général de Gaulle, les copiait à la machine à écrire, et tenait à les remettre en place ! Aujourd'hui, tous ces héros, sans le savoir, considèrent simplement qu'ils ont fait leurs devoirs, ils ont aucune revendication. Ils sont légions en France, conscients seulement d'avoir fait leur devoir de Français, fiers seulement d'avoir eu le privilège de comprendre tout de suite, celui qui les a guidés dans la libération de« Notre-Dame, la France .»



Manuscrit autographe de premier jet intiulé « Les Humbles » ; 29 pages in-4°.

Manuscrit poignant consacré aux combattants de la France Libre, “les humbles” célèbre ces volontaires anonymes - ouvriers, marins, étudiants, pères et fils - qui quittèrent tout pour rejoindre le Général de Gaulle et poursuivre la lutte. Dans un style ardent et profondémet humain, Yvonne Salmon exalte la fièrté de leur courage intact, cette foi indomptable qui mena à la victoire et fit renaître une France libre.

Les Humbles dans la France libre ? et le Général de Gaulle ?
« « Ce que nous sommes? Rien n'est plus simple que de répondre à cette question ... Nous sommes des Français, de toute origine, de toute condition, de toute opinion, qui avons décidé de nous unir dans la lutte pour notre pays ! » Charles de Gaulle, 15 novembre1941.

Des Français, de toute origine, de toute condition, telle fut la caractéristique essentielle de la France Libre, puis de la France Combattante. L'histoire des grands a été dite leurs noms étaient connus ou le sont devenus, mais quelle est belle l’histoire de la foule, des humbles, qui se sont unis aux grands dans la lutte pour notre pays, qui ne demandaient que des cadres dignes de les guider, et qui ont tout de suite reconnu le clair métal de la voix qui mettait l'ennemi au défi. Lorsqu'en ces jours de victoire, le hasard d'une course dans le métro à Paris, vous fait rencontrer l'un d’entre eux, lorsqu'au cours d’une conversation, on évoque une histoire, tous, les uns après les autres, se dressent en légion. Voilà Georges le Breton, qui raconte son aventure retour d'une permission passée chez un brave mineur Gallois, qui lui aussi est Gaulliste et a mis sa maison à la disposition des Français libres pour que les soldats puissent avoir une famille adoptive, on se serre, la femme lave, raccommode les habits du jeune Français, les enfants lui apprennent un peu l'anglais et le promènent ; ainsi d'humbles britanniques ouvrent leurs portes à d'humbles Français, isolés loin de leur famille. En traversant Londres, pour rejoindre son corps à Camberley, Georges a bien gros cœur, il a quitté ses nouveaux amis, et il pense avec une plus grande émotion encore à ses parents : « Comment les a-t-il quittés ? L'Armistice est annoncé, Georges rentre du travail, il vient d'avoir 18 ans et sa mère lui annonce l'affreuse nouvelle. « Vas voir ce que fait ton cousin, Pierre, il y a un général qui continue la guerre en Angleterre ! Sautant sur sa bicyclette, Georges monte chez sa tante. À la porte de la chaumière, il trouve son cousin, qui embrasse sa mère, son baluchon sous le bras. Il part donc ! Les deux cousins redescendent la colline, et voient la mère de Georges, un sac à la main sur le seuil de la porte Je savais bien qu'il partirait ! Tiens, voilà tes affaires, ne rentre pas, ton père pleure de ne pas pouvoir partir avec toi ! Au revoir! Et Georges ajoute : j'entendais mon père, grand mutilé de 1918, sangloter, ma mère m'a embrassé bien fort ; puis je suis parti en courant très vite sans me retourner parce qu'elle était là debout ses grands yeux noirs comme quand elle a de la peine ; si je m'étais retourné, je ne serais peut-être pas parti, et ils ne me l'auraient jamais pardonné. » Les 600 humble Français habitant les alentours de Londres, qui le 27 juillet réunis en Assemblée Générale, s'inscrivent pour aider la France comme ils disent : la femme de chambre qui régulièrement, tous les mois, enverra pendant quatre ans, un quart de ce qu'elle gagne ; le garçon coiffeur, qui fera de même ; celles qui auront toujours un coin pour loger un convalescent, tous ces humbles, ne penseront qu'à aider au maximum, celui qui leur aura permis de garder la tête haute devant l'allié britannique. Telle Française, demande à toutes ses amies jusqu'à les importuner, dit-elle elle-même un peu gênée, des morceaux d'étoffe pour faire des poupées, qu'elle vendra fort cher au profit des « volontaires » ; sa maison est un véritable atelier ; son mari typographe anglais est plus fanatique qu'elle quand il s'agit des combattants de la France Libre. Car la belle histoire des humbles et d'autant plus belle que c'est une histoire franco-britannique. Trois officiers qui vont s'engager à Carlton Gardens, voient avec un étonnement ému, le chauffeur du taxi, qui les conduit leur rendre le prix de la course et le pourboire, en disant avec un bon sourire « Pour la France ». Brigade internationale, plutôt même au service de la France, que cette tribu des humbles: 3000, sud-Américains des divers pays de l'Amérique Latine se sont mis en route en 1940 pour rejoindre les rangs de la France Libre dans le seul but de rendre au monde une France délivrée ; esprit qui s'est maintenu, puisque en 1943, un petit garçon Colombien visitant l'Exposition de la France Libre à Bogota, met une pièce d'argent dans le tronc, placé à la porte en murmurant : « une balle pour tirer un Boche ! ». Une fermière islandaise, recevant une Française avec grand honneur, a préparé une réception à la mode si hospitalière de son pays ; ne sachant comment remercier notre compatriote, donne à son hôtesse, son insigne à Croix de Lorraine, et émue la dame Islandaise, remercie en ces termes : « Ce sera un précieux souvenir, car chaque soir en priant pour la France, je pleure! » La masse britannique garde son affection au Général de Gaulle, cet ami des mauvais jours, parce qu'il a eu confiance en la Grande-Bretagne et symbolise le respect de la parole donnée, si chère au cœur des Anglais. Comme il vient de la France, dont on vante le climat, en 1941, lorsqu'on prédit un hiver sans charbon, les Ecossais, d'une humble rue d'Édimbourg, se cotisent pour lui envoyer une chaude et moelleuse robe de chambre : l'envoi est anonyme et pendant 18 mois, le Général de Gaulle ignore qui a eu cette délicate pensée ! Mais cette adhésion des peuples à la grande figure qui, par ses caractéristiques chevaleresques et morales, incarne la France à leurs yeux, est une autre histoire qui devra être dit un jour prochain. Il convient cependant de noter encore ici, l'impression de joie admirative que les ouvriers de l'usine anglaise qu'il visitait, ont ressenti le 21 octobre 1941 devant ce grand « manouvrier » des chars quand il s'est assis dans le bel engin sorti de leurs mains et l'a mis en marche dans la cour de l’usine ; pour eux, c'était un connaisseur de haute classe qui donnait toute sa valeur à leur œuvre. Ainsi cette amitié britannique accueillit les Français qui arrivèrent de partout, au prix de grosses difficultés en flot continu plus ou moins dense. C'étaient d'abord dans le chaos des premiers jours, au milieu, des soldats étrangers et des Britanniques, habitant la France, échappant à l'envahisseur après avoir fait des kilomètres dans des wagons, puis dans des camions, des soldats qui arrivaient à Saint-Jean-de-Luz où grâce à la complicité des Polonais, ils pouvaient se réfugier dans un coin du navire qui les emmènerait continuer la lutte contre l'Allemand. C'étaient ces jeunes garçons qui traversèrent la Manche pour rejoindre l'allié ; l'histoire de ceux-ci se résume dans celle d'un sous-lieutenant observateur du Groupe Lorraine. Colcanap faisait partie de 14 jeunes garçons, qui s’évadèrent ensemble, après avoir juré de rendre la liberté à la France; c'était un gamin vieux de 17 ans 1/2, quand il débarqua en Angleterre en 1940. Avant de lui permettre de faire son entraînement dans l'aviation, on l'obligea à passer son Baccalauréat au Lycée français. Dans la composition française d'un examen au Camp de Old Dean à Camberley où ils étaient à l'entraînement, Colcanap exprime le sentiment qui animait ces jeunes gens : « En m'analysant bien, maintenant je m'aperçois que, en m'embarquant, j'ai senti remuer en moi quelque chose qui a été comme une partie de moi-même, et cette secousse a réveillé toute les forces de mon orgueil et de mon énergie primitive. Oui, ma première réaction a été celle-ci : un Français ne peut pas laisser son Allié se battre seul, même si ce dernier est responsable de la guerre. Ça m'a été une consolation intérieure d'autant plus belle que, longtemps j'en ai ignoré la source et la raison véritable. Toujours est-il que j'ai eu une révélation soudaine du beau, du vrai, du juste. De là est jaillie, une lumière qui m'a toujours éclairé depuis 10 mois que je suis en Angleterre, et qui toujours ma empêché de dévier du droit chemin. Et je me suis embarqué tout tranquillement comme je suis né, comme j’ai vécu, et comme je mourrai, fort probablement. » Les annales du Ministère de l'air en date du 17 novembre 1944, nous apprennent en ces termes, comment Colcanap, dernier survivant de ce groupe de 14 jeunes braves, faisait son devoir tout tranquillement : « Est cité, à l'ordre de l'Armée aérienne, « les lieutenant Colcanap. Robert du Groupe Lorraine », « Observateur ardent et courageux à donner en exemple par son allant et sa conscience professionnelle. A rejoint les Forces Françaises du Général de Gaulle, à l'âge de 17 ans, s'évadant de France occupée; et s'est engagé dans une unité combattante dès qu'il eut atteint l'âge requis. A mérité l'estime et l'affection de ses chefs et de ses camarades, pour son ardeur juvénile et ses grandes qualités de cœur et de courage. Le 22 octobre 1943, au cours d'une mission particulière, particulièrement importante, son avion, étant touché par le « Flack » et lui-même étant blessé, à l'œil et à la jambe au moment de l'entrée en territoire ennemi, a néanmoins accompli entièrement sa mission. A trouvé la mort le 1 novembre 1943, au cours d'un vol d'entraînement, dans des circonstances montrant une fois deux plus le plus bel esprit de sacrifice ; son pilote essayant de poser son avion désemparé sur un terrain de football, accepta le risque de se poser dans un endroit moins propice pour éviter de heurter les joueurs aperçus au dernier moment sur le terrain choisi. » - Signé « de Rancourt » - Ainsi mourut-il, comme il s'était embarqué. . tout tranquillement. C'était le sergent Henri de Péronne, blessé pendant la bataille des Flandres, et tué par les premiers bombardements de Londres. Il s'était engagé, parce qu'il ne voulait pas se présenter à sa femme et à sa petite fille, avant d’avoir aidé à leur libération en même temps qu’à celle de la France. Ce furent les soldats de la légion étrangère, retour de Norvège, qui répondirent à l'appel pour le combat avec leur Colonel, Maingret- Vernerey (Magrin-Vernerey ?), leur capitaine Pierre O. Lapie et autres, puis chaque jour des groupes arrivèrent : équipage de sous-marins, de quelques unités de guerre, et des isolés militaires ou civils. Ceux de Londres, alertent les amis et connaissances de province ; le 29 juin, le Général de Gaulle rencontre les représentants de la Colonie Française. Ce jour-là se révèle le caractère particulier de la France libre, ce sera pour chacun une aventure librement consentie, le Général de Gaulle n'a pas énoncé de programme spectaculaire, il n'a fait aucune promesse, il parla de devoir et d'espérance.... tout simplement ! Les escaliers et les corridors de ses bureaux à St Stephen's House sont encombrés de matelots et de soldats, des familles entières arrivent du Pas de Calais, du Nord et de Bretagne ; on ne s'y reconnaît guère, ce sont des Duval quelque chose ou des quelques choses Duval, familles de pêcheurs venues avec leurs bateaux de pêche pour aider le Général de Gaulle et l'Angleterre; puis les hommes de l'Ile de Sein qui feront la poste avec la France pendant ces dures années, malgré les dangers, que ce travail comportait. Encore cet ouvrier de l'Arsenal de Brest, qui en rentrant de son travail trouve sa femme devant une valise fermée ; la bonne Bretonne dit à son mari : « le Vieux va signer l'armistice, un général continue à se battre en Angleterre, voilà ta valise, pars. » « Est-ce que je peux attendre le gars pour lui dire au revoir ? » « Oui », répond la femme. Le gars arrive et apprenant l'histoire il veut partir aussi. « Je l'avais bien pensé », dit la mère « il y a vos affaires à tous les deux là-dedans. » Père et fils s'engagèrent à Londres dans la marine ; au mois de mai 1941, le père naviguait seul, portant deux Croix de la Libération sur la poitrine, la sienne et celle de son gars, tué à côté de lui en mer. Au furet à mesure que les blessés de Dunkerque se rétablissaient et sortaient de l'hôpital, la question se posait pour chacun de savoir s'ils rentreraient en France, ou s’ils resteraient en Angleterre, pour y fortifier les rangs des « Volontaires », réunis autour du Général de Gaulle. Parmi eux, se trouvaient des réservistes, des ouvriers, restés insensibles à la cinquième colonne qui, au camp de rassemblement à Londres, menaçait ceux qui resteraient, de représailles sur les familles : vendeurs de journaux, petits hôteliers (sic), garagistes, électriciens, employés de commerce, maçons, mécaniciens, cuisiniers, ils s'étaient engagés dans les ForcesFrançaises Libres, pour y travailler, soit comme soldats, soit comme ouvriers spécialisés ; le mystère français s'est encore une fois vérifié, tout Français peut faire un travail qualifié, ceux-là n'étaient pas de tout jeunes exaltés, ils avaient vécu la dure bataille des Flandres en mai 1940, après le long et dur hiver de 1939 ; leurs pères avaient combattu pendant la dernière guerre. Ils avaient, tout simplement des enfants devant qui ils ne voulaient pas se présenter avant la victoire, puisqu'il leur était possible de continuer la lutte; à leur idée, le seul raisonnement valable pour un Français qui n'était pas prisonnier en France, c'était de vouloir être vainqueur, et ils résistaient au Consul Général qui les sollicitait de rentrer en France, retrouver leurs petites économies, leur petite maison, leur petit emploi! Sans ambition pour eux-mêmes, ils ne pouvaient cependant concevoir une France sans grandeur. Bientôt du reste, ils eurent la preuve que les Français en France, pensaient comme eux ; la métropole se remettait, graduellement du choc qui l'avait étourdie, et ceux qui arrivèrent en novembre a un prix de mille difficultés étaient la preuve vivante que Français Libres et Français enchaînés formaient un tout. Le 4 novembre, un groupe de 12 jeunes gens arriva à Londres, l'un deux était bien connu dans la capitale anglaise, car il avait été pendant plusieurs années attaché de Chancellerie à l'Ambassade. Mobilisé en 1940, il avait été fait prisonnier à Lamotte-Beuvron près d'Orléans, il s'évada et se mêlant à la foule il remonta vers Paris, couvert d'un sac, affublé d'une fausse barbe , marchant comme un vieillard; il passa un mois dans la capitale, la plupart du temps dans une cave traqué par les recherches des Allemands; il partit enfin, pour Nantes, mis quelques temps à trouver quelques jeunes gens voulant partir comme lui ; ils se trouvèrent enfin douze ; cherchèrent une barque qui leur coûta 60.000 francs ; versèrent une forte somme en y mettant toutes leurs économies, et promirent de verser dans une barque anglaise le reliquat ; ce qu’ils firent intégralement sur leur faible solde de simples soldats ! Mais partis de la côte bretonne aux environs de Douarnenez, nos jeunes navigateurs se trouvent pris dans une tempête, restent 12 jours en mer, manquant de vivres, et ne subsistant que par un rationnement sévère et une discipline strictement observée. Ils arrivent enfin, atteints de scorbut, mais veulent s'engager tout de suite en dépit de leurs souffrances. nos jeunes navigateurs se trouvent pris dans une tempête, restent 12 jours en mer, manquant de vivres, et ne subsistant que par un rationnement sévère et une discipline strictement observée. Ils arrivent enfin, atteints de scorbut, mais veulent s'engager tout de suite en dépit de leurs souffrances. Ce sont eux qui, les premiers donnent à Camberley des nouvelles de la France, montrent la communion qui existe entre ceux de là-bas et ceux d'Angleterre. Dans ce groupe se trouvent les deux fils d'un chirurgien de Rennes, le Dr Vourch. C'est ensuite le 1 novembre qui révèle au monde la révolte des étudiants de Paris et la brutalité de l'occupant allemand ; quelques semaines plus tard, une lettre de France arrive à Camberley. Elle est du Dr Vourch à son fils aîné, étudiant en médecine. La famille Vourch est une de ses familles françaises caractéristiques dans leur tranquille héroïsme. Elle se compose de quatre fils et de plusieurs filles. Les deux aînés sont donc arrivés en Angleterre. Le fils aîné, reçoit la lettre suivante de son père « l'Institution universitaire de France occupée à laquelle tu appartenais m'a adressé un questionnaire au quel je répondis par retour : - situation actuelle ? Je l'ignore, sans doute s'efforce-t-il d'atténuer le déshonneur français si bien soigné à Vichy. - Doit-il revenir ? Oui, après la Victoire. J'avais quelques appréhensions sur l'accueil qui serait fait à une telle déclaration de sentiments. Je suis tranquillisé par la lettre suivante reçue à l'instant: « Monsieur voulez-vous me permettre de vous dire à titre personnel, mes félicitations. Votre fils est de ceux à qui nous devons de garder espoir et confiance, de ceux à qui nous devrons de retrouver un jour notre fierté d'être Français. J'ai tout lieu de penser qu'il retrouvera là, où tous nous souhaiterions être quelques-uns de ses camarades d’ici. Croyez Monsieur, à toute ma sympathie. Et c'est signé du nom de la secrétaire de l'Institution en question. Suivent quatre phrases, chacune d'elle signée d'un nom de professeur ou d'étudiant : « en qualité de Française et de Bretagne, je m'associe aux sentiments exprimés par notre secrétaire sur la belle conduite de votre fils. « Bravo pour votre fils dont la place est viable. « J'associe pleinement mes félicitations à celles qui précèdent. « Je me joins à mes collègues et je suis pleinement heureux du geste heureux de votre fils. » En effet, (avec) les fils Vourch avaient retrouvé à Camberley un noyau de jeunes étudiants : futurs médecins, pharmaciens, candidats à Navale, à Polytechnique, à Saint-Cyr. Ils formèrent les embryons des écoles et pelotons d'officiers que d'admirables jeunes officiers, le lieutenant Molina, le Capitaine Emmanuel Dupont, tué le jour de l'entrée à Paris en 1944, le Pasteur Stael, l'Abbé Lepoutre et tant d'autres formèrent (les cadres) pour encadrer l’armée d'Afrique, qui se couvrit de gloire du Tchad à Paris. Les deux autres fils Vourch rejoignirent leurs frères, dès qu'ils atteignirent leurs 18 ans; puis le Père lui-même partit et laissa sa femme et ses filles qui continuèrent tranquillement à travailler dans les réseaux de la résistance. Le sergent Jean Vourch tomba aux portes de Paris le 29 août 1944 ! Après ces premières nouvelles de France, les Français libres eurent des contacts plus fréquents avec la métropole, et les arrivées se multiplièrent : par exemple, ces deux barques de pêcheurs, qui arrivèrent avec tout leurs équipages, vêtus de la toile rose des Douarnenais, elles avaient faussé la politesse aux patrouilles allemandes, et ayant entendu les Allemands qui occupaient leur région dirent qu'en Angleterre, on mourait de faim, ils apportaient caché sous les filets, du porc fumé, des mottes de beurre, pour faire plaisir à ceux qu'ils rejoignaient ! Des histoires aussi touchantes sont vraies, des territoires français du monde entier et des groupes de Français de l'étranger. Les marins de la marine marchande quittent leurs bateaux dans les ports étrangers pour rejoindre la France Libre; les prisonniers s'évadent d'Allemagne, par la Russie et en juillet 1941, il en arrive presque 200 avec le Capitaine Billotte ; ils ont souffert de terribles souffrances de jour et de nuit avant d'arriver à rejoindre Londres. Aux alentours de Penzance s'est constitué un vrai village de pêcheurs français avec leurs femmes et leurs enfants; tous attendant en travaillant, le moment de retrouver le pays libéré. Hervé Le Scour, chasseur, reçoit de sa mère d'admirables lettres qui traversent la France de mains en mains avant de parvenir à Londres, d'où elles repartent pour le cœur de l'Afrique Libre, où se trouve Hervé. - La mère à son fils, première lettre : « Et toi, mon chéri, comment vas-tu revenir ? Qu'importe, pour moi, tu seras toujours le fils auréolé de la gloire d'avoir fait son devoir, et qui n'a pas hésité dans son choix, malgré les risques que comportait ce choix. La voie que tu as prise est la bonne, mon Hervé, nous sommes fiers de toi ». Cette lettre en contenait une du père : « Ton père qui est fier de toi, vient encore une fois t'exprimer tous ses remerciements pour le dur mais noble sacrifice que tu as consenti pour le salut de la Patrie, c'est-à-dire notre libération à tous. Bon courage, mon cher enfant, et souviens-toi que la foi inébranlable que tu as mise dans le destin de la France, (ta conduite le prouve) est partagée par tous les bons Français ». - Deuxième lettre de la mère à son fils : « À ton retour, nous fêterons ensemble notre victoire, car ici personne ne doute de vous. D'ailleurs les faits sont là pour nous prouver de quoi vous êtes capables ; votre prodigieuse avance en Libye, où nous sommes fiers d'apprendre que des Forces Libres prennent part au combat, malgré les dangers qu'ils comportent. Hélas ! Qu'il n'y ait pas trop de victimes dans ces combats et que la victoire finale ne tarde pas trop. Nous vous attendons stoïquement et sommes prêts à vous aider le moment venu. Tous les jeunes gens qui sont revenus de là-haut, à peine venus le regrettent, et cherchent le moyen de s'en retourner ; quelques-uns réussissent, mais le plus simple eut été de faire comme toi, mon chéri. Je suis heureuse de penser que tu as vu où était ton devoir » Ce fut ce professeur de Quimper qui vint emmenant dans sa barque ses 19 élèves de première quelques jours après que son frère eut été fusillé par les Allemands ; ce qui fut cause que le deuxième de ses frères fut également victime de l’occupant. C'étaient des familles entières comme celle des deux frères Montjarret, de Plouha, Côtes du Nord, que la mère, entendant Pétain parler d'armistice le 18 juin 1940, envoya en Angleterre, où ils s'engagèrent à la France Libre le 1er juillet 1940. Joseph fut parachuté en France ; son jeune frère chasseur dans la division Leclerc en a fait toutes les campagnes ; Lorsque Madame Montjarret appris l'arrestation par la Gestapo à Lyon de son fils aîné, elle décida de servir à sa place dans la mesure de ses moyens. Elle commence par héberger deux jeunes gens réfractaires du travail en Allemagne et les cacha dans sa propriété. Elle est dénoncée à la police allemande et sa propriété est perquisitionnée, puis surveillée pendant plusieurs semaines ; son cousin et sa fille (arrêtés) sont arrêtés, longuement interrogés et finalement relâchés. La surveillance cesse enfin, et Madame Montjarret entre dans un réseau d'évasion, rattaché à l'Intelligence service. Sa propriété à 4 km de la plage ou atterrissent les bateaux qui viennent chaque mois chercher les pilotes abattus au-dessus de la France, devient le dernier relais avant le départ de nombreux Canadiens, Anglais et Américains qui y sont hébergés, cachés, nourris, cajolés. Le jour du départ annoncé par « un Message Personnel », Madame Montjarret ne pouvant pas en raison de son âge, accompagner ses hôtes à la côte, en charge sa fille aînée Françoise qui guide les groupes à travers les champs de mines. Et cette activité de la mère et des filles dure jusqu'en août 1944, date de la libération de la Bretagne tandis que Jojo est derrière les barbelés comme déporté politique et que son frère combat dans la division Leclerc. Il y a aussi des femmes qui quittèrent tout pour faire des liaisons comme Madeleine David, pseudo Christiane qui commença à militer dans un réseau clandestin en mars 1942 et effectua de nombreuses liaisons pour le délégué général du Général de Gaulle, et pour Joseph Monjarret (pseudo Hervé), chef de réseau d'atterrissages et parachutages. Arrêtée en octobre 1942 à la suite d'une dénonciation par un officier en retraite de Vichy qu'elle était allée contacter de la part de son chef, elle fut interrogée du matin au soir pendant 4 jours de suite et frappée. Non seulement elle refuse de donner des noms, mais encore nie l'activité qu'on lui reproche. Après cinq semaines de cellule elle est relâchée dans un état de santé très précaire par suite des mauvaises conditions d'alimentation et d'hygiène où elle a été tenue. Elle reprend son activité sous un autre nom ; participe à plusieurs opérations d'atterrissage et de parachutage, en particulier, au départ de Monsieur Frenaye. Participe en juin et juillet 1942 à la tentative d'évasion de Jean Moulins (Pseudo Rex). Elle doit faire le guet sur le passage des voitures de la Gestapo, cette garde dure 5 jours. Echappe à une arrestation de la Gestapo grâce à son extraordinaire sang-froid. Ensuite elle sert d'agent de liaison entre le réseau et des amis internés à Lyon et à Paris. Elle réussit à leur faire passer lettres et colis, malgré les difficultés de ce travail qui dure jusqu'en octobre 1943, date de sa deuxième arrestation par la Gestapo. Interrogée pendant
près d'une semaine, elle établit si bien son système de défense qu'elle est libérée après 25 jours, les Allemands croyant s'être trompés de personne. Elle reprend son activité jusqu’au jour de la libération ....Puis il y a encore le merveilleux esprit des camps ou les soldats du Général de Gaulle
faits prisonniers ont trouvé des camarades avec qui ils ont saboté ! Ainsi donc, petit à petit la liaison s’est faite, d’humbles héros travaillaient en France, les uns en réseau, les autres isolément. À Royat, un facteur, sans que nul le sache, a soustrait plus de 500 lettres de dénonciations adressées à la Gestapo et trouvait de braves gens chez qui les cacher; au même endroit, les cheminots qui ont fait dérailler les trains allemands, le commis de gare, qui faisait des parachutages la nuit et le jour distribuait sous le manteau, la presse clandestine; cet étudiant de Paris, qui subtilisait à la Bibliothèque Nationale les livres du Général de Gaulle, les copiait à la machine à écrire, et tenait à les remettre en place ! Aujourd'hui, tous ces héros, sans le savoir, considèrent simplement qu'ils ont fait leurs devoirs, ils ont aucune revendication. Ils sont légions en France, conscients seulement d'avoir fait leur devoir de Français, fiers seulement d'avoir eu le privilège de comprendre tout de suite, celui qui les a guidés dans la libération de« Notre-Dame, la France .»





Manuscrit autographe de premier jet intiulé « Les Humbles » ; 29 pages in-4°.

Manuscrit poignant consacré aux combattants de la France Libre, “les humbles” célèbre ces volontaires anonymes - ouvriers, marins, étudiants, pères et fils - qui quittèrent tout pour rejoindre le Général de Gaulle et poursuivre la lutte. Dans un style ardent et profondémet humain, Yvonne Salmon exalte la fièrté de leur courage intact, cette foi indomptable qui mena à la victoire et fit renaître une France libre.

Les Humbles dans la France libre ? et le Général de Gaulle ?
« « Ce que nous sommes? Rien n'est plus simple que de répondre à cette question ... Nous sommes des Français, de toute origine, de toute condition, de toute opinion, qui avons décidé de nous unir dans la lutte pour notre pays ! » Charles de Gaulle, 15 novembre1941.

Des Français, de toute origine, de toute condition, telle fut la caractéristique essentielle de la France Libre, puis de la France Combattante. L'histoire des grands a été dite leurs noms étaient connus ou le sont devenus, mais quelle est belle l’histoire de la foule, des humbles, qui se sont unis aux grands dans la lutte pour notre pays, qui ne demandaient que des cadres dignes de les guider, et qui ont tout de suite reconnu le clair métal de la voix qui mettait l'ennemi au défi. Lorsqu'en ces jours de victoire, le hasard d'une course dans le métro à Paris, vous fait rencontrer l'un d’entre eux, lorsqu'au cours d’une conversation, on évoque une histoire, tous, les uns après les autres, se dressent en légion. Voilà Georges le Breton, qui raconte son aventure retour d'une permission passée chez un brave mineur Gallois, qui lui aussi est Gaulliste et a mis sa maison à la disposition des Français libres pour que les soldats puissent avoir une famille adoptive, on se serre, la femme lave, raccommode les habits du jeune Français, les enfants lui apprennent un peu l'anglais et le promènent ; ainsi d'humbles britanniques ouvrent leurs portes à d'humbles Français, isolés loin de leur famille. En traversant Londres, pour rejoindre son corps à Camberley, Georges a bien gros cœur, il a quitté ses nouveaux amis, et il pense avec une plus grande émotion encore à ses parents : « Comment les a-t-il quittés ? L'Armistice est annoncé, Georges rentre du travail, il vient d'avoir 18 ans et sa mère lui annonce l'affreuse nouvelle. « Vas voir ce que fait ton cousin, Pierre, il y a un général qui continue la guerre en Angleterre ! Sautant sur sa bicyclette, Georges monte chez sa tante. À la porte de la chaumière, il trouve son cousin, qui embrasse sa mère, son baluchon sous le bras. Il part donc ! Les deux cousins redescendent la colline, et voient la mère de Georges, un sac à la main sur le seuil de la porte Je savais bien qu'il partirait ! Tiens, voilà tes affaires, ne rentre pas, ton père pleure de ne pas pouvoir partir avec toi ! Au revoir! Et Georges ajoute : j'entendais mon père, grand mutilé de 1918, sangloter, ma mère m'a embrassé bien fort ; puis je suis parti en courant très vite sans me retourner parce qu'elle était là debout ses grands yeux noirs comme quand elle a de la peine ; si je m'étais retourné, je ne serais peut-être pas parti, et ils ne me l'auraient jamais pardonné. » Les 600 humble Français habitant les alentours de Londres, qui le 27 juillet réunis en Assemblée Générale, s'inscrivent pour aider la France comme ils disent : la femme de chambre qui régulièrement, tous les mois, enverra pendant quatre ans, un quart de ce qu'elle gagne ; le garçon coiffeur, qui fera de même ; celles qui auront toujours un coin pour loger un convalescent, tous ces humbles, ne penseront qu'à aider au maximum, celui qui leur aura permis de garder la tête haute devant l'allié britannique. Telle Française, demande à toutes ses amies jusqu'à les importuner, dit-elle elle-même un peu gênée, des morceaux d'étoffe pour faire des poupées, qu'elle vendra fort cher au profit des « volontaires » ; sa maison est un véritable atelier ; son mari typographe anglais est plus fanatique qu'elle quand il s'agit des combattants de la France Libre. Car la belle histoire des humbles et d'autant plus belle que c'est une histoire franco-britannique. Trois officiers qui vont s'engager à Carlton Gardens, voient avec un étonnement ému, le chauffeur du taxi, qui les conduit leur rendre le prix de la course et le pourboire, en disant avec un bon sourire « Pour la France ». Brigade internationale, plutôt même au service de la France, que cette tribu des humbles: 3000, sud-Américains des divers pays de l'Amérique Latine se sont mis en route en 1940 pour rejoindre les rangs de la France Libre dans le seul but de rendre au monde une France délivrée ; esprit qui s'est maintenu, puisque en 1943, un petit garçon Colombien visitant l'Exposition de la France Libre à Bogota, met une pièce d'argent dans le tronc, placé à la porte en murmurant : « une balle pour tirer un Boche ! ». Une fermière islandaise, recevant une Française avec grand honneur, a préparé une réception à la mode si hospitalière de son pays ; ne sachant comment remercier notre compatriote, donne à son hôtesse, son insigne à Croix de Lorraine, et émue la dame Islandaise, remercie en ces termes : « Ce sera un précieux souvenir, car chaque soir en priant pour la France, je pleure! » La masse britannique garde son affection au Général de Gaulle, cet ami des mauvais jours, parce qu'il a eu confiance en la Grande-Bretagne et symbolise le respect de la parole donnée, si chère au cœur des Anglais. Comme il vient de la France, dont on vante le climat, en 1941, lorsqu'on prédit un hiver sans charbon, les Ecossais, d'une humble rue d'Édimbourg, se cotisent pour lui envoyer une chaude et moelleuse robe de chambre : l'envoi est anonyme et pendant 18 mois, le Général de Gaulle ignore qui a eu cette délicate pensée ! Mais cette adhésion des peuples à la grande figure qui, par ses caractéristiques chevaleresques et morales, incarne la France à leurs yeux, est une autre histoire qui devra être dit un jour prochain. Il convient cependant de noter encore ici, l'impression de joie admirative que les ouvriers de l'usine anglaise qu'il visitait, ont ressenti le 21 octobre 1941 devant ce grand « manouvrier » des chars quand il s'est assis dans le bel engin sorti de leurs mains et l'a mis en marche dans la cour de l’usine ; pour eux, c'était un connaisseur de haute classe qui donnait toute sa valeur à leur œuvre. Ainsi cette amitié britannique accueillit les Français qui arrivèrent de partout, au prix de grosses difficultés en flot continu plus ou moins dense. C'étaient d'abord dans le chaos des premiers jours, au milieu, des soldats étrangers et des Britanniques, habitant la France, échappant à l'envahisseur après avoir fait des kilomètres dans des wagons, puis dans des camions, des soldats qui arrivaient à Saint-Jean-de-Luz où grâce à la complicité des Polonais, ils pouvaient se réfugier dans un coin du navire qui les emmènerait continuer la lutte contre l'Allemand. C'étaient ces jeunes garçons qui traversèrent la Manche pour rejoindre l'allié ; l'histoire de ceux-ci se résume dans celle d'un sous-lieutenant observateur du Groupe Lorraine. Colcanap faisait partie de 14 jeunes garçons, qui s’évadèrent ensemble, après avoir juré de rendre la liberté à la France; c'était un gamin vieux de 17 ans 1/2, quand il débarqua en Angleterre en 1940. Avant de lui permettre de faire son entraînement dans l'aviation, on l'obligea à passer son Baccalauréat au Lycée français. Dans la composition française d'un examen au Camp de Old Dean à Camberley où ils étaient à l'entraînement, Colcanap exprime le sentiment qui animait ces jeunes gens : « En m'analysant bien, maintenant je m'aperçois que, en m'embarquant, j'ai senti remuer en moi quelque chose qui a été comme une partie de moi-même, et cette secousse a réveillé toute les forces de mon orgueil et de mon énergie primitive. Oui, ma première réaction a été celle-ci : un Français ne peut pas laisser son Allié se battre seul, même si ce dernier est responsable de la guerre. Ça m'a été une consolation intérieure d'autant plus belle que, longtemps j'en ai ignoré la source et la raison véritable. Toujours est-il que j'ai eu une révélation soudaine du beau, du vrai, du juste. De là est jaillie, une lumière qui m'a toujours éclairé depuis 10 mois que je suis en Angleterre, et qui toujours ma empêché de dévier du droit chemin. Et je me suis embarqué tout tranquillement comme je suis né, comme j’ai vécu, et comme je mourrai, fort probablement. » Les annales du Ministère de l'air en date du 17 novembre 1944, nous apprennent en ces termes, comment Colcanap, dernier survivant de ce groupe de 14 jeunes braves, faisait son devoir tout tranquillement : « Est cité, à l'ordre de l'Armée aérienne, « les lieutenant Colcanap. Robert du Groupe Lorraine », « Observateur ardent et courageux à donner en exemple par son allant et sa conscience professionnelle. A rejoint les Forces Françaises du Général de Gaulle, à l'âge de 17 ans, s'évadant de France occupée; et s'est engagé dans une unité combattante dès qu'il eut atteint l'âge requis. A mérité l'estime et l'affection de ses chefs et de ses camarades, pour son ardeur juvénile et ses grandes qualités de cœur et de courage. Le 22 octobre 1943, au cours d'une mission particulière, particulièrement importante, son avion, étant touché par le « Flack » et lui-même étant blessé, à l'œil et à la jambe au moment de l'entrée en territoire ennemi, a néanmoins accompli entièrement sa mission. A trouvé la mort le 1 novembre 1943, au cours d'un vol d'entraînement, dans des circonstances montrant une fois deux plus le plus bel esprit de sacrifice ; son pilote essayant de poser son avion désemparé sur un terrain de football, accepta le risque de se poser dans un endroit moins propice pour éviter de heurter les joueurs aperçus au dernier moment sur le terrain choisi. » - Signé « de Rancourt » - Ainsi mourut-il, comme il s'était embarqué. . tout tranquillement. C'était le sergent Henri de Péronne, blessé pendant la bataille des Flandres, et tué par les premiers bombardements de Londres. Il s'était engagé, parce qu'il ne voulait pas se présenter à sa femme et à sa petite fille, avant d’avoir aidé à leur libération en même temps qu’à celle de la France. Ce furent les soldats de la légion étrangère, retour de Norvège, qui répondirent à l'appel pour le combat avec leur Colonel, Maingret- Vernerey (Magrin-Vernerey ?), leur capitaine Pierre O. Lapie et autres, puis chaque jour des groupes arrivèrent : équipage de sous-marins, de quelques unités de guerre, et des isolés militaires ou civils. Ceux de Londres, alertent les amis et connaissances de province ; le 29 juin, le Général de Gaulle rencontre les représentants de la Colonie Française. Ce jour-là se révèle le caractère particulier de la France libre, ce sera pour chacun une aventure librement consentie, le Général de Gaulle n'a pas énoncé de programme spectaculaire, il n'a fait aucune promesse, il parla de devoir et d'espérance.... tout simplement ! Les escaliers et les corridors de ses bureaux à St Stephen's House sont encombrés de matelots et de soldats, des familles entières arrivent du Pas de Calais, du Nord et de Bretagne ; on ne s'y reconnaît guère, ce sont des Duval quelque chose ou des quelques choses Duval, familles de pêcheurs venues avec leurs bateaux de pêche pour aider le Général de Gaulle et l'Angleterre; puis les hommes de l'Ile de Sein qui feront la poste avec la France pendant ces dures années, malgré les dangers, que ce travail comportait. Encore cet ouvrier de l'Arsenal de Brest, qui en rentrant de son travail trouve sa femme devant une valise fermée ; la bonne Bretonne dit à son mari : « le Vieux va signer l'armistice, un général continue à se battre en Angleterre, voilà ta valise, pars. » « Est-ce que je peux attendre le gars pour lui dire au revoir ? » « Oui », répond la femme. Le gars arrive et apprenant l'histoire il veut partir aussi. « Je l'avais bien pensé », dit la mère « il y a vos affaires à tous les deux là-dedans. » Père et fils s'engagèrent à Londres dans la marine ; au mois de mai 1941, le père naviguait seul, portant deux Croix de la Libération sur la poitrine, la sienne et celle de son gars, tué à côté de lui en mer. Au furet à mesure que les blessés de Dunkerque se rétablissaient et sortaient de l'hôpital, la question se posait pour chacun de savoir s'ils rentreraient en France, ou s’ils resteraient en Angleterre, pour y fortifier les rangs des « Volontaires », réunis autour du Général de Gaulle. Parmi eux, se trouvaient des réservistes, des ouvriers, restés insensibles à la cinquième colonne qui, au camp de rassemblement à Londres, menaçait ceux qui resteraient, de représailles sur les familles : vendeurs de journaux, petits hôteliers (sic), garagistes, électriciens, employés de commerce, maçons, mécaniciens, cuisiniers, ils s'étaient engagés dans les ForcesFrançaises Libres, pour y travailler, soit comme soldats, soit comme ouvriers spécialisés ; le mystère français s'est encore une fois vérifié, tout Français peut faire un travail qualifié, ceux-là n'étaient pas de tout jeunes exaltés, ils avaient vécu la dure bataille des Flandres en mai 1940, après le long et dur hiver de 1939 ; leurs pères avaient combattu pendant la dernière guerre. Ils avaient, tout simplement des enfants devant qui ils ne voulaient pas se présenter avant la victoire, puisqu'il leur était possible de continuer la lutte; à leur idée, le seul raisonnement valable pour un Français qui n'était pas prisonnier en France, c'était de vouloir être vainqueur, et ils résistaient au Consul Général qui les sollicitait de rentrer en France, retrouver leurs petites économies, leur petite maison, leur petit emploi! Sans ambition pour eux-mêmes, ils ne pouvaient cependant concevoir une France sans grandeur. Bientôt du reste, ils eurent la preuve que les Français en France, pensaient comme eux ; la métropole se remettait, graduellement du choc qui l'avait étourdie, et ceux qui arrivèrent en novembre a un prix de mille difficultés étaient la preuve vivante que Français Libres et Français enchaînés formaient un tout. Le 4 novembre, un groupe de 12 jeunes gens arriva à Londres, l'un deux était bien connu dans la capitale anglaise, car il avait été pendant plusieurs années attaché de Chancellerie à l'Ambassade. Mobilisé en 1940, il avait été fait prisonnier à Lamotte-Beuvron près d'Orléans, il s'évada et se mêlant à la foule il remonta vers Paris, couvert d'un sac, affublé d'une fausse barbe , marchant comme un vieillard; il passa un mois dans la capitale, la plupart du temps dans une cave traqué par les recherches des Allemands; il partit enfin, pour Nantes, mis quelques temps à trouver quelques jeunes gens voulant partir comme lui ; ils se trouvèrent enfin douze ; cherchèrent une barque qui leur coûta 60.000 francs ; versèrent une forte somme en y mettant toutes leurs économies, et promirent de verser dans une barque anglaise le reliquat ; ce qu’ils firent intégralement sur leur faible solde de simples soldats ! Mais partis de la côte bretonne aux environs de Douarnenez, nos jeunes navigateurs se trouvent pris dans une tempête, restent 12 jours en mer, manquant de vivres, et ne subsistant que par un rationnement sévère et une discipline strictement observée. Ils arrivent enfin, atteints de scorbut, mais veulent s'engager tout de suite en dépit de leurs souffrances. nos jeunes navigateurs se trouvent pris dans une tempête, restent 12 jours en mer, manquant de vivres, et ne subsistant que par un rationnement sévère et une discipline strictement observée. Ils arrivent enfin, atteints de scorbut, mais veulent s'engager tout de suite en dépit de leurs souffrances. Ce sont eux qui, les premiers donnent à Camberley des nouvelles de la France, montrent la communion qui existe entre ceux de là-bas et ceux d'Angleterre. Dans ce groupe se trouvent les deux fils d'un chirurgien de Rennes, le Dr Vourch. C'est ensuite le 1 novembre qui révèle au monde la révolte des étudiants de Paris et la brutalité de l'occupant allemand ; quelques semaines plus tard, une lettre de France arrive à Camberley. Elle est du Dr Vourch à son fils aîné, étudiant en médecine. La famille Vourch est une de ses familles françaises caractéristiques dans leur tranquille héroïsme. Elle se compose de quatre fils et de plusieurs filles. Les deux aînés sont donc arrivés en Angleterre. Le fils aîné, reçoit la lettre suivante de son père « l'Institution universitaire de France occupée à laquelle tu appartenais m'a adressé un questionnaire au quel je répondis par retour : - situation actuelle ? Je l'ignore, sans doute s'efforce-t-il d'atténuer le déshonneur français si bien soigné à Vichy. - Doit-il revenir ? Oui, après la Victoire. J'avais quelques appréhensions sur l'accueil qui serait fait à une telle déclaration de sentiments. Je suis tranquillisé par la lettre suivante reçue à l'instant: « Monsieur voulez-vous me permettre de vous dire à titre personnel, mes félicitations. Votre fils est de ceux à qui nous devons de garder espoir et confiance, de ceux à qui nous devrons de retrouver un jour notre fierté d'être Français. J'ai tout lieu de penser qu'il retrouvera là, où tous nous souhaiterions être quelques-uns de ses camarades d’ici. Croyez Monsieur, à toute ma sympathie. Et c'est signé du nom de la secrétaire de l'Institution en question. Suivent quatre phrases, chacune d'elle signée d'un nom de professeur ou d'étudiant : « en qualité de Française et de Bretagne, je m'associe aux sentiments exprimés par notre secrétaire sur la belle conduite de votre fils. « Bravo pour votre fils dont la place est viable. « J'associe pleinement mes félicitations à celles qui précèdent. « Je me joins à mes collègues et je suis pleinement heureux du geste heureux de votre fils. » En effet, (avec) les fils Vourch avaient retrouvé à Camberley un noyau de jeunes étudiants : futurs médecins, pharmaciens, candidats à Navale, à Polytechnique, à Saint-Cyr. Ils formèrent les embryons des écoles et pelotons d'officiers que d'admirables jeunes officiers, le lieutenant Molina, le Capitaine Emmanuel Dupont, tué le jour de l'entrée à Paris en 1944, le Pasteur Stael, l'Abbé Lepoutre et tant d'autres formèrent (les cadres) pour encadrer l’armée d'Afrique, qui se couvrit de gloire du Tchad à Paris. Les deux autres fils Vourch rejoignirent leurs frères, dès qu'ils atteignirent leurs 18 ans; puis le Père lui-même partit et laissa sa femme et ses filles qui continuèrent tranquillement à travailler dans les réseaux de la résistance. Le sergent Jean Vourch tomba aux portes de Paris le 29 août 1944 ! Après ces premières nouvelles de France, les Français libres eurent des contacts plus fréquents avec la métropole, et les arrivées se multiplièrent : par exemple, ces deux barques de pêcheurs, qui arrivèrent avec tout leurs équipages, vêtus de la toile rose des Douarnenais, elles avaient faussé la politesse aux patrouilles allemandes, et ayant entendu les Allemands qui occupaient leur région dirent qu'en Angleterre, on mourait de faim, ils apportaient caché sous les filets, du porc fumé, des mottes de beurre, pour faire plaisir à ceux qu'ils rejoignaient ! Des histoires aussi touchantes sont vraies, des territoires français du monde entier et des groupes de Français de l'étranger. Les marins de la marine marchande quittent leurs bateaux dans les ports étrangers pour rejoindre la France Libre; les prisonniers s'évadent d'Allemagne, par la Russie et en juillet 1941, il en arrive presque 200 avec le Capitaine Billotte ; ils ont souffert de terribles souffrances de jour et de nuit avant d'arriver à rejoindre Londres. Aux alentours de Penzance s'est constitué un vrai village de pêcheurs français avec leurs femmes et leurs enfants; tous attendant en travaillant, le moment de retrouver le pays libéré. Hervé Le Scour, chasseur, reçoit de sa mère d'admirables lettres qui traversent la France de mains en mains avant de parvenir à Londres, d'où elles repartent pour le cœur de l'Afrique Libre, où se trouve Hervé. - La mère à son fils, première lettre : « Et toi, mon chéri, comment vas-tu revenir ? Qu'importe, pour moi, tu seras toujours le fils auréolé de la gloire d'avoir fait son devoir, et qui n'a pas hésité dans son choix, malgré les risques que comportait ce choix. La voie que tu as prise est la bonne, mon Hervé, nous sommes fiers de toi ». Cette lettre en contenait une du père : « Ton père qui est fier de toi, vient encore une fois t'exprimer tous ses remerciements pour le dur mais noble sacrifice que tu as consenti pour le salut de la Patrie, c'est-à-dire notre libération à tous. Bon courage, mon cher enfant, et souviens-toi que la foi inébranlable que tu as mise dans le destin de la France, (ta conduite le prouve) est partagée par tous les bons Français ». - Deuxième lettre de la mère à son fils : « À ton retour, nous fêterons ensemble notre victoire, car ici personne ne doute de vous. D'ailleurs les faits sont là pour nous prouver de quoi vous êtes capables ; votre prodigieuse avance en Libye, où nous sommes fiers d'apprendre que des Forces Libres prennent part au combat, malgré les dangers qu'ils comportent. Hélas ! Qu'il n'y ait pas trop de victimes dans ces combats et que la victoire finale ne tarde pas trop. Nous vous attendons stoïquement et sommes prêts à vous aider le moment venu. Tous les jeunes gens qui sont revenus de là-haut, à peine venus le regrettent, et cherchent le moyen de s'en retourner ; quelques-uns réussissent, mais le plus simple eut été de faire comme toi, mon chéri. Je suis heureuse de penser que tu as vu où était ton devoir » Ce fut ce professeur de Quimper qui vint emmenant dans sa barque ses 19 élèves de première quelques jours après que son frère eut été fusillé par les Allemands ; ce qui fut cause que le deuxième de ses frères fut également victime de l’occupant. C'étaient des familles entières comme celle des deux frères Montjarret, de Plouha, Côtes du Nord, que la mère, entendant Pétain parler d'armistice le 18 juin 1940, envoya en Angleterre, où ils s'engagèrent à la France Libre le 1er juillet 1940. Joseph fut parachuté en France ; son jeune frère chasseur dans la division Leclerc en a fait toutes les campagnes ; Lorsque Madame Montjarret appris l'arrestation par la Gestapo à Lyon de son fils aîné, elle décida de servir à sa place dans la mesure de ses moyens. Elle commence par héberger deux jeunes gens réfractaires du travail en Allemagne et les cacha dans sa propriété. Elle est dénoncée à la police allemande et sa propriété est perquisitionnée, puis surveillée pendant plusieurs semaines ; son cousin et sa fille (arrêtés) sont arrêtés, longuement interrogés et finalement relâchés. La surveillance cesse enfin, et Madame Montjarret entre dans un réseau d'évasion, rattaché à l'Intelligence service. Sa propriété à 4 km de la plage ou atterrissent les bateaux qui viennent chaque mois chercher les pilotes abattus au-dessus de la France, devient le dernier relais avant le départ de nombreux Canadiens, Anglais et Américains qui y sont hébergés, cachés, nourris, cajolés. Le jour du départ annoncé par « un Message Personnel », Madame Montjarret ne pouvant pas en raison de son âge, accompagner ses hôtes à la côte, en charge sa fille aînée Françoise qui guide les groupes à travers les champs de mines. Et cette activité de la mère et des filles dure jusqu'en août 1944, date de la libération de la Bretagne tandis que Jojo est derrière les barbelés comme déporté politique et que son frère combat dans la division Leclerc. Il y a aussi des femmes qui quittèrent tout pour faire des liaisons comme Madeleine David, pseudo Christiane qui commença à militer dans un réseau clandestin en mars 1942 et effectua de nombreuses liaisons pour le délégué général du Général de Gaulle, et pour Joseph Monjarret (pseudo Hervé), chef de réseau d'atterrissages et parachutages. Arrêtée en octobre 1942 à la suite d'une dénonciation par un officier en retraite de Vichy qu'elle était allée contacter de la part de son chef, elle fut interrogée du matin au soir pendant 4 jours de suite et frappée. Non seulement elle refuse de donner des noms, mais encore nie l'activité qu'on lui reproche. Après cinq semaines de cellule elle est relâchée dans un état de santé très précaire par suite des mauvaises conditions d'alimentation et d'hygiène où elle a été tenue. Elle reprend son activité sous un autre nom ; participe à plusieurs opérations d'atterrissage et de parachutage, en particulier, au départ de Monsieur Frenaye. Participe en juin et juillet 1942 à la tentative d'évasion de Jean Moulins (Pseudo Rex). Elle doit faire le guet sur le passage des voitures de la Gestapo, cette garde dure 5 jours. Echappe à une arrestation de la Gestapo grâce à son extraordinaire sang-froid. Ensuite elle sert d'agent de liaison entre le réseau et des amis internés à Lyon et à Paris. Elle réussit à leur faire passer lettres et colis, malgré les difficultés de ce travail qui dure jusqu'en octobre 1943, date de sa deuxième arrestation par la Gestapo. Interrogée pendant
près d'une semaine, elle établit si bien son système de défense qu'elle est libérée après 25 jours, les Allemands croyant s'être trompés de personne. Elle reprend son activité jusqu’au jour de la libération ....Puis il y a encore le merveilleux esprit des camps ou les soldats du Général de Gaulle
faits prisonniers ont trouvé des camarades avec qui ils ont saboté ! Ainsi donc, petit à petit la liaison s’est faite, d’humbles héros travaillaient en France, les uns en réseau, les autres isolément. À Royat, un facteur, sans que nul le sache, a soustrait plus de 500 lettres de dénonciations adressées à la Gestapo et trouvait de braves gens chez qui les cacher; au même endroit, les cheminots qui ont fait dérailler les trains allemands, le commis de gare, qui faisait des parachutages la nuit et le jour distribuait sous le manteau, la presse clandestine; cet étudiant de Paris, qui subtilisait à la Bibliothèque Nationale les livres du Général de Gaulle, les copiait à la machine à écrire, et tenait à les remettre en place ! Aujourd'hui, tous ces héros, sans le savoir, considèrent simplement qu'ils ont fait leurs devoirs, ils ont aucune revendication. Ils sont légions en France, conscients seulement d'avoir fait leur devoir de Français, fiers seulement d'avoir eu le privilège de comprendre tout de suite, celui qui les a guidés dans la libération de« Notre-Dame, la France .»




Manuscrit autographe de premier jet intiulé « Les Humbles » ; 29 pages in-4°.

Manuscrit poignant consacré aux combattants de la France Libre, “les humbles” célèbre ces volontaires anonymes - ouvriers, marins, étudiants, pères et fils - qui quittèrent tout pour rejoindre le Général de Gaulle et poursuivre la lutte. Dans un style ardent et profondémet humain, Yvonne Salmon exalte la fièrté de leur courage intact, cette foi indomptable qui mena à la victoire et fit renaître une France libre.

Les Humbles dans la France libre ? et le Général de Gaulle ?
« « Ce que nous sommes? Rien n'est plus simple que de répondre à cette question ... Nous sommes des Français, de toute origine, de toute condition, de toute opinion, qui avons décidé de nous unir dans la lutte pour notre pays ! » Charles de Gaulle, 15 novembre1941.