Andre-Breton-lettre-autographeBRETON André [Tinchebray, 1896 - Paris, 1966],  écrivain français.

Lettre autographe signée, adressée à l’écrivain Thérèse Plantier. Paris, 22 avril 1965 ; 1 page 1/4 in-4°. Belle lettre : « J’ose à peine me rappeler à vous, rompre enfin mon impardonnable silence. Du fait même qu’elle était d’un mouvement si vif et commandait la plus immédiate répartie, votre lettre a dû me rejeter encore un peu plus loin dans mes fourrés. Je parle de ces périodes que je traverse durant lesquelles je me fais l’effet d’hiverner, où tout ce qui vaudrait le plus la peine trouve… ce qui m’habite dans la posture bien connue de la Mélancolie de Dürer (et plût au Diable que ses attributs : le polyèdre, le carré magique et autres dans la gravure soient chez moi d’aussi bon aloi intellectuel mais il s’en faut !). C’est bien en vain que je m’efforce de vous dépeindre un peu de ces états d’abattement, que vous ne devez pas connaître […] “P.C.I.” et “P.O.I.” : j’ai porté le plus vif intérêt à ce que vous m’avez écrit à leur propos. Pourquoi n’ai-je pas connu Pierre et Jean Molinier ? Je ne sais, bien que je garde trace en moi d’une obscure inquiétude à leur propos, la lecture  du troisième tome du Trotsky de Deutscher ne m’a pas aidé à la dissiper. »

André Breton disait de Thérèse Plantier qu’elle a “une violente volonté de vertige”. C’est ce vertige, considéré comme une suprême lucidité, qui se manifeste d’un bout à l’autre d’un livre attachant et original. (Alain Bosquet, Le Monde.)

Thérèse PLANTIER [Nîmes, 1911 - Faucon, 1990], était un écrivain et une poétesse française. Dès qu’elle commence à écrire, elle se revendique surréaliste surtout pour le caractère anticonformiste du groupe. Elle rencontre Breton mais se tient à l’écart du mouvement. Elle partage les idées des féministes et collabore à une anthologie de la poésie féminine, parue chez Seghers en 1975. Sa poésie provocante et dérangeante dissèque le corps, évoque la destruction, le vide que seuls l’amour et la liberté peuvent éviter.

Pour l’achat de cette lettre, nous vous fournissons bien évidemment un certificat d’authenticité et une facture.

Vous pouvez acheter cette lettre au prix de 2800 euros. (Envoi en Chronopost 60 euros pour la France). Un certificat et une facture sera délivrée à l’acheteur.

The price for this letter is 2800 euros. A certificate and an invoice will be issued to the purchaser. (Shipping by Fedex 80 euros for CEE).

Contactez nous par email : contact@autographe.com ou par téléphone : 01 43 25 60 48, ou à notre galerie :

Galerie ARTS ET AUTOGRAPHES

Jean-Emmanuel RAUX, expert

9 rue de l’Odéon — 75006 PARIS

Tél.: 01 43 25 60 48

Galerie ouverte du mardi au samedi inclus de 11 h à 12 h 30 et 14 h à 18 h.

Matisse-lettre-signeeMATISSE Henri [Le Cateau-Cambrésis, 1869 - Nice, 1954],  peintre, dessinateur et sculpteur français.

Lettre dactylographiée signée, adressée à MM. de la Bussière et Bourdillat. Nice, 19 décembre 1949 ; 1 page in-4°. « Je ne répondrai pas à l’insolence de votre lettre du 15 courant. De quel droit m’écrivez vous ainsi ? Toutefois je me contenterai, en réponse à votre réclamation de versements soi-disant retardés, de vous dire que vous n’êtes pas au courant de votre comptabilité, car les versements en question vous ont été faits et je puis préciser de quelle manière […] Je vous prie de garder pour vous ou pour d’autres l’assurance de vos sentiments distingués bien surprenante pour moi. Henri Matisse ».

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Vous pouvez acheter cette lettre au prix de 2000 euros. (Envoi en Chronopost 60 euros pour la France). Un certificat et une facture sera délivrée à l’acheteur.

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Lettre de Francois Ier

Lettre de François Ier

Vous pouvez enrichir votre collection historique avec une lettre de François Ier, datée de 1519, soit d’il y a près de 500 ans. Écrite 4 ans après la fameuse bataille de Marignan (1515), cette lettre extrêmement rare vous est proposée à notre galerie, à un coût relativement modique pour un grand roi de France !

Si vous hésitiez depuis longtemps à démarrer une collection ou que vous ayez des envies d’investissement,  tout en alliant l’excitation de posséder une lettre d’un roi de France, c’est le moment ! Le marché des manuscrits et des lettres rares est en plein essor. Il est fabuleux d’acquérir de nos jours une telle lettre. Nous  mettons à votre disposition ce pouvoir afin de vous aider à démarrer et à construire votre collection ou votre portefeuille de lettres rares de l’histoire de l’humanité. Pour l’achat de cette lettre, nous vous fournissons bien évidemment un certificat d’authenticité et une facture.

FRANÇOIS Ier de Valois [Cognac, 1494 - Rambouillet, 1547], roi de France.

Lettre signée « Francoys », contresignée par Florimont Robertet, adressée au Vice-Chancelier de Milan Jean de Selve. Blois 3 octobre [1519] ; 1 page in-4°, avec adresse. « Jay entendu que le feu Cappitaine Montdragon est allé de vie a trespas sans avoir testé ne ordonné de ses biens. A ceste cause et que ce ainsi estoit ilz me pourroient revenir »

Vous pouvez acheter cette lettre au prix de 3000 euros. (Envoi en Chronopost 60 euros). Un certificat et une facture sera délivrée à l’acheteur. The price for this letter is 3,000 euros. A certificate and an invoice will be issued to the purchaser. (Shipping by Fedex 60 euros for France).

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CAT66Dans quelques jours le nouveau catalogue papier Arts & Autographes n° 66 sera adressé aux clients, amateurs, investisseurs et abonnés privilégiés de la galerie qui vont ainsi avoir la chance d’être prioritaires dans l’achat d’autographes et de documents historiques avant sa mise en ligne sur internet. Édité par la galerie Arts et Autographes, située à Paris, au 9 rue de l’Odéon dans le beau quartier intellectuel de Paris, ce 66e catalogue en couleurs (édition de mai 2013) regorge d’autographes et documents historiques, littéraires, musicaux et de lettres de peintres.

Ce catalogue référençie 350 autographes ou manuscrits à tous les prix de toutes les périodes de notre histoire. L’Ancien Régime (comme cette exceptionnelle lettre de Jacques II sur la résistance héroïque de Boisseleau dans Limerick), une lettre signée de la Pompadour, de la Révolution (comme deux beaux brevets des deux épées) et de l’Empire : Arenberg, Augereau, Beauclerk, Berthier, Bonaparte, Bougainville, Brune, Chevigné, Félix, Mengaud, Denniée, Frecine, Gassendi, Hoche, la princesse Kourakine, La Revellière-Lépeaux, Marbot, Marmont, Monnier, Napoléon Ier, Santerre, Soult, Thévenard ; des documents signés des pionniers de l’aviation (Bellovucic, Blériot, Bréguet, Costes, Bellonte, Camerman, Daillens, Lambert, Legagneux, Morane, un très beau lot de photographies signées de Nobile, Noguès, Paulhan, Renaux, Riemsdyck, Wachter) ; de très rares lettres et photographies de Buffalo Bill (Colonel William Cody) vous feront traverser le Far West ; des lettres des camps de concentration d’Auschwitz, Oranienburg,  et Dachau sont là pour témoigner de la barbarie nazie ; Ferdinand de Lesseps, Louis XVI, Louis XVIII, Mozaffaredin Shah, Tito (magnifique photographie signée). De rares lettres de photographes célèbres (Carjat, Petit, Sarony); des documents revêtus des signatures de Garibaldi, de Gaulle (très belles photographies de Londres 1940 et une rare lettre autographe signée de 4 pages de 1924). Le clou de ce catalogue étant le lot illustrant la page couverture avec cette rarissime photographie signée de Lawrence d’Arabie confiée par un grand amateur.

Dans la partie littéraire : des lettres ou manuscrits d’Albert-Jean, Aragon, des correspondances adressées à Jean Cayrol, une rare correspondance de Roland Barthe, Albert Béguin, Tristan Bernard, Henri Bonnier, Jean-Louis Bory, André Breton, Francis Carco, Louis Chadourne, de belles lettres de Chateaubriand, Jean Cocteau avec notamment le manuscrit définitif de son discours à l’Académie Française, François Coppée, George Courteline, Maurice Dekobra, Juliette Drouet,  Maxime Ducamp, Paul Fort, Léon Frapié, Gheusi, Girardin, Émile Henriot,  Victor Hugo, Francis Jammes, Henri Lavedan, Leconte de Lisle, Guy de Maupassant (à Alexandre Dumas),Catulle Mendès, Maurice Montégut Henry de Montherlant, Marcel Pagnol, Jean Paulhan, de nombreux lots de lettres de poètes et poétesses, Marcel Prévost, Rachilde, Henri de Régnier, Han Ryner, un rare tapuscrit signé de Soljenitsyne, le dernier recueil des splendides poèmes de Philippe Soupault intitulé « Crépuscules », une lettre de philosophe allemand Vaihinger, un billet de Jules Verne et une lettre de Louise Weiss et de Marguerite Yourcenar.

Dans la partie théâtrale, on étudiera des parties de théâtre en compagnie de Amiel, Anouilh, Aymé. Sarah Bernhardt, incontournable avec 4 lettres et des couverts à son chiffre, on continuera en lisant Capus, des lettres de comédiens et comédiennes, Pierre Descaves, Féraudy, un beau portrait de Sacha Guitry par Ion Don (de la collection particulière de Sacha Guitry), Hébertot assis aux côtés de Montherlant lui souhaitant un bon succès, un rare manuscrit d’une troupe de spectacles ambulants (1869) enrichi de dessins en couleurs, des lettres de Cécile Sorel au roi Farouk interpellent par leur grâce, de forts lots d’autographes d’auteurs dramatiques sont offerts aux chercheurs.

Pour la partie musicale, on lira les notes ou les pensées jetées sur le papier par Pierre Baillot, Sydney Béchet, Caruso, des chanteurs d’opéra, Gustave Charpentier, Camille Chevillard, Bill Coleman, Félicien David, Louis Ganne, Bernard Gavoty, Ferdinand Hiller, Jacques Ibert, Alfred Jaell, Silvio Lazzari, Fernand Leborne, Charles Lefebvre, René Lenormand, Franz Liszt (très belle photographie de Nadar), Victor Massé, Yehudi Menuhin (belle photographie de jeunesse), Gustave Nadaud, Rudolf Noureev, Georges van Parys, Georges-Jean Pfeiffer, Robert Planquette, Raoul Pugno. Ravel fait la une avec son Boléro dédicacé, il est présent aux côtés de Colette sur la partition de L’Enfant et les Sortilèges, Camille Saint-Saëns (belle photographie dédicacée), Henri Sauguet, Clara Schumann, Zygmunt Stojowski, Johann Strauss II (belle photographie dédicacée), Stravinsky souriant dans un beau portrait dédicacé,Ugo Ugaro, Victor Wilder évoquant Puccini clôt ce chapitre musical.

Dans la partie “Beaux-Arts”, les lettres de peintres de toutes époque des cartes de peintres illustrées, des cartes de voeux d’éditeur éditées souvent à petits tirages et donc peu communes, des dessins de Cham, une belle lettre de Delacroix, une jolie lettre illustrée d’une aquarelle d’André Hambourg à pleine page, une lettre insolite et ironique de Matisse avec sa belle expression de remerciements à la fin, une rare photographie d’Auguste Renoir le représente assis dans son atelier, et Vollard clos le chapitre sur un ouvrage de Mirbeau illustré par Rodin

Parmi les lettres scientifiques on relève une lettre de Louis Godin sous Louis XV ou il est question d’astronomie, une belle lettre de Le Verrier évoque l’Observatoire.

Des photographies signées de chanteurs et d’acteurs, des livres dédicacés et lots divers finissent la lecture de ce catalogue de mai.

Vous pouvez acheter ce catalogue pour une somme modique de 10 euros couvrant les frais d’expédition et de confection: ici: catalogue d’autographe n°66. Arts et Autographes vous offre l’opportunité de faire figurer dans ses catalogues de grande qualité, votre collection, dans des catalogues diffusés à une clientèle internationale, bien au-delà des frontières hexagonales. Vous bénéficiez ainsi de notre réseau de clients et d’une diffusion inégalée, d’une qualité de présentation minutieuse et appréciée dans un catalogue de référence, ainsi que de la sécurité et de l’expertise que notre spécialiste en autographes Jean-Emmanuel Raux peut vous offrir.

Vous pouvez aussi le télécharger gratuitement ici.

Les manuscrits que nous présentions dans notre vente du 3 avril 2013 à l’Hotel Drouot, avec l’étude NÉRET-MINET TESSIER & SARROU ont suscités un engouement formidable et des enchères hors norme.

— Pièce signée par Daguerre et Bouton sur le Diorama. Estimation 1/1.500 euros – Prix atteint 6 749 euros avec les frais.

— Les deux carnets autographes de Gide de son Journal pour 1934 et 1935 que nous vous présentions dans un post précédent ont faits 93 270 euros avec les frais. C’est la première fois à notre connaissance que passaient de tels carnets en vente publique.

—La lettre autographe signée de Louis XIV à M. de Pontchartrain fusait à 46 635 euros avec les frais.

— Le très rare manuscrit d’Henri-Joseph Redouté a trouvé preneur à 28 226 euros avec les frais.

Nous sommes déjà en préparation de la prochaine vente et nous acceptons dès maintenant des pièces exceptionnelles pour notre clientèle haut de gamme de grands collectionneurs et d’investisseurs.

Nous contacter : Jean-Emmanuel Raux – ARTS ET AUTOGRAPHES : 9 rue de l’Odéon – 75006 PARIS. Tél.: 01 43 25 60 48 ou contact@autographe.com

Voir la description des manuscrits sur notre blog : http://autographe.com/autographes/2013/03/

GIDE-carnet3

GIDE-carnet2 GIDE-carnet1Nous présentons le 3 avril 2013 à l’Hotel Drouot, salle 11 avec l’étude NÉRET-MINET TESSIER & SARROU un exceptionnel manuscrit autographe d’André GIDE [Paris, 1869 - id.., 1951]. Fragment de son Journal pour les années 1934 et 1935. La rareté de ce manuscrit est très importante, car il apporte une lumière nouvelle sur l’écrivain.

Voici la fiche de l’objet : Lot N° 208 du catalogue. Ensemble de 2 carnets autographes, format 16 x 12 cm (1934) et 16,5 x 10 cm (1935), reliés en toile souple. Il s’agit de fragments de son «Journal» pour les années 1934 et 1935. 1) Carnet «1934». 137 pages, toutes numérotées. A la suite de 2 pages de notes (adresses d’amis et de correspondants: Rosenberg,Louis Gérin, Louis Ducreux, Gabilanez, etc., tâches à effectuer, livres à envoyer), le journal commence le 6 février à Syracuse et se termine à Cuverville le 1er octobre par ces lignes qui diffèrent sensiblement de l’édition établie du vivant de l’auteur, dans la collection de la Pléiade, en 1947 (pp. 1220-1221): «J’ai délaissé ce carnet, l’esprit occupé par cette pièce (sans titre encore) dont j’ai achevé de brouillonner le 1er acte. Lu la Fortune des Rougon; relu l’Assommoir. Relu avec le plus grand profit le Discours de la Méthode. On trouve la fautive expression «quoi qu’ils en aient», pour «malgré qu’ils en aient» dans Balzac – Député d’Arcis, p.198 (Flammarion) que nous avons la constance de lire à haute voix sans en sauter une ligne. (Excellents morceaux d’une écriture remarquable dans les premiers chapitres; du Sur-Balzac) et point de ralliement pour quantité de personnages de la Comédie Humaine. Somme toute, enchanté de cette lecture, que je me promettais depuis longtemps.» On relèvera dans ce carnet d’autres passages ne figurant pas dans l’édition originale du premier tome du journal (1889-1939): «Mais inadmissibles toutes, presque toutes, les pages écrites en vue de mes Nouvelles Nourritures. Projet que, décidément, j’abandonne. Tandis que je croyais, au contraire, devoir abandonner Geneviève. J’y pourrai verser ceci dans cela.» (6 février) – A propos des jeunes élèves d’un «collège de prêtres» en promenade: «J’imagine quelle instruction l’on va pouvoir donner à ces cancres; quelles graines faire germer sur ce terreau…» (8 février) – «Méphisto fait le jeu de Goethe; mais c’est Goethe qui tient les cartes, et, pour jouer, il ne s’en remet pas à Méphisto.» (lignes biffées à la suite de la relation de la journée du 11 février) – «On voit ici, chez des fleuristes, des «haemanthus» couleur corail, qui me rappellent certaines fleurs du Congo (dont je parle, du reste, dans mes notes de voyage.) Le héros de roman que l’on peint à sa ressemblance, on lui fait faire ceBque l’on aurait voulu faire, ce que l’on aurait peut-être fait si… bref ce que l’on n’a pas fait; et il serait imprudent d’en induire. Il y a quatre jours je me suis offert un chapeau de marque anglaise, assez coûteux, mais vraiment à ma convenance. Il est si rare de trouver un chapeau qui vous plaise! Je me souviens d’être entré chez Adrienne Monnier certain jour (il y a déjà longtemps) à la suite d’un jeune homme qui portait un chapeau si séduisant que je ne pus me retenir de lui en demander la provenance. Et deux ans plus tard, passant à Oxford, j’en commandais deux d’un coup, encore qu’ils coûtassent fort cher. L’un devait être pour Théo [le peintre Théo van Rysselberghe]. Mais finalement je gardais la paire. Mes Caves étaient déjà écrites; c’est un pareil chapeau que je voyais à Lafcadio. Il eut l’heur de plaire à Colette, certain soir de Ballets russes; elle me demanda de le lui abandonner un peu et en resta coiffée pendant l’entracte. Celui que je viens d’acheter ne le vaut pas. Très bien tout de même. Il se trouve que, pour la première fois de ma vie, je suis parti en voyage avec trois chapeaux. Et pour la première fois de ma vie, depuis que j’ai acheté ce dernier, je sors sans chapeau du tout, ce qui est fort agréable suivant l’usage de Karlsbad où les ombrages constants le permettent.» Gide termine ces remarques futiles par l’expression anglaise «Not worth noticing» qui justifient évidemment leur suppression dans la version publiée du Journal (21 juillet). – «Mais d’excuses L. G. n’a-t-il pas? [Louis Gérin, vingt ans, mineur du Borinage et écrivain séduit par la littérature de Gide.] Il y aurait de ma part une sorte d’ingratitude à n’en point tenir compte. Evidemment un grand besoin d’amour et de vénération gonfle son coeur qui trouve ici prétexte à s’épancher. [...] Très douloureux de contrister certains pour qui je gardais l’affection la plus vive, je sus toujours passer outre, estimant que les considérations du coeur n’ont pas à fléchir la raison. Mais il s’agit ici de ne point faillir aux espoirs qu’ont reporté sur moi des créatures désespérées. Comment ne point tenir compte des sympathies que mes déclarations m’ont acquises? Ne plus considérer que l’extrémité de mes pensées, n’en plus présenter que la pointe, c’est une façon de trahir celles-ci; je ne puis; mais il me paraît aujourd’hui plus fâcheux se risquer d’affaiblir des convictions et des confiances en exposant des ratiocinations compliquées, que de décevoir par mon silence.» (22 juillet) – «Bien forcé de reconnaître que ce qui m’arrête aujourd’hui, c’est aussi, c’est beaucoup, la peur de l’opinion.» (24 juillet) – «Le point d’arrivée seul leur importe, non le précautionneux et lent acheminement de la pensée. Je n’ai point à leur faire [part] de mes perplexités, de mes doutes. Un temps vient où «les jeux sont faits». (25 juillet) – Parfois Gide se perd dans des considérations sans doute sincères dans l’instant, mais qui, publiées, auraient pu être instrumentalisées par ses ennemis: «Vends tout ton bien et le donne aux pauvres.» Aucune considération d’amitié, de parenté, etc., ne doit m’arrêter. Depuis longtemps déjà cette préoccupation m’habite. Ne pas attendre, pour me déposséder, de n’avoir plus à en souffrir. Vendre, mais comment? Donner, mais à qui? Pour un catholique, la chose est simple. Le geste de vente et de don, je suis depuis longtemps prêt à le faire; mais de telle manière que je ne doive penser, sitôt ensuite, qu’il eût mieux valu le faire autrement. Quels pauvres secourir de préférence? Je m’en suis tenu jusqu’à présent à ceux que je connaissais par moi-même et qui venaient à moi directement. Ce lent émiettement ne doit plus me satisfaire. Ce qu’il faudrait, c’est un don total à quelque institution en qui je puisse avoir confiance. Mais, en dehors des institutions religieuses, en existe-t-il? et que l’on ose aveuglément favoriser? Non, ce n’est pas pour moi que je voudrais garder rien en réserve, (et le profit de mes livres me met suffisamment à l’abri) mais pour la détresse de bientôt et que j’imagine déjà si affreuse que demain je pourrai déplorer de n’avoir conservé plus rien qui me permette de secourir. Pour l’amour du geste, je ne dois point céder à une précipitation inconsidérée.» (28 juillet)… – A rebours du journal, tête-bêche, deux pages où se mêlent à nouveau adresses (Mme Emmanuel Signoret, Jacques Drouin, Jean Lebasque, Vladimir Pozner…), tâches à accomplir («Aragon (Epreuves -mère de Dimit.) – envoyer Pages choisies à Robert Sapeir – envoyer l’adaptation des Caves à Louis Fu?rnberg – Pierre-Quint: Journal des Faux.-M.»….) et listes de courses («papier timbré – savon oreilles – encre de couleur – plumes). 2) Carnet «Juillet 35 – Décembre 35». Manuscrit de 43 pages sur 87 pages numérotées. Le texte est généralement écrit sur le feuillet de droite, le feuillet opposé recueillant les éventuels ajouts et notes. Les trois premières pages du manuscrit ne sont pas datées; elles constituent en effet la fin du récit commencé à Hossegor le 31 mai dans un précédent carnet. Après une interruption de deux mois, le journal reprend à Lenk, le 30 juillet, par ces lignes, inédites dans le volume publié par Gide de son vivant, en 1947: «M. Monnier le tout jeune et fort sympathique professeur d’histoire à Genève, dont, par heureux hasard et conséquence de l’encombrement de l’hôtel, je suis appelé à partager la table aux repas de midi et du soir – me recommande vivement de lire les mémoires de Tocqueville. Il m’avait identifié dès le premier soir, mais s’amusait d’abord à ne pas le laisser voir.» Le journal se poursuit les 1er, 2, 3, 4, 7, 15 et 27 août, passe au 17 septembre, continue avec les 6, 28, 30 octobre et se termine à la date du 21 novembre. Dans ce second carnet, les passages supprimés par l’auteur lors de la publication ne sont ni moins considérables, ni moins intéressants que dans le premier. Certains évoquent son attirance socratique pour les adolescents qui ne pouvaient peut-être pas être ainsi livrés impunément au public, fût-ce dans le luxueux écrin de la Pléiade; d’autres agitent la question sociale qui tourmentait Gide à cette époque où le communisme le séduisait: «Mais, presque atteint le sommet dernier, une exquise rencontre m’invite à rebrousser chemin – non tout aussitôt toutefois, pour ne point trop avoir l’air de suivre; mais suivant pourtant et rattrapant bientôt. Rien de plus «enticing» que ce petit paysan de quatorze ans qui accompagne son oncle et un cousin fort vulgaires, à travers les monts du Valais, pendant les vacances. Ils sont de Winterthur. Comme ils ne parlent que le Bernois, la conversation avec eux trois n’est pas aisée. Mais quelle joie, quelle confiance, quel abandon! chez ce petit qui feint de rattacher son soulier pour rester en arrière avec moi. Quelle reconnaissance enjouée lorsque je lui laisse un des francs qu’en sortant mon mouchoir j’avais maladroitement semés sur la route.» (30 juillet) – «Il y a ceux qui ont à se plaindre (de ce que nous appellerons, pour plus de commodité: cet état de chose) et il y a les satisfaits. Mais il y en a, de plus, quelques uns qui ne sont pas satisfaits d’un état de choses, dont, personnellement, ils n’ont nulle raison de se plaindre. Je veux dire qu’ils auraient toutes les raisons du monde, égoïstement, d’être satisfaits; mais que, précisément, ils ne sont pas égoïstes et ne peuvent considérer comme bon un état de choses qui les favorise iniquement. Alors ils s’élèvent de toutes les forces de leur coeur et de l’esprit contre cet «état de choses», et travaillent à un changement radical, dussent-ils eux-mêmes en pâtir, convaincus qu’il ne peut faire place qu’à un état meilleur, fût-ce à travers un désordre provisoire. Ce n’est pas du tout que ces mécontents aiment et cherchent le désordre, ainsi qu’on le leur reproche; mais le remplacement d’un ordre fâcheux par un ordre différent paraît forcément désordonné d’abord. Alors les satisfaits s’étonnent et demandent si c’est par aveuglement ou par sottise que ceux dont je parle travaillent à «scier la branche sur laquelle ils sont assis (1)». L’aveuglement et la sottise ne sont que du côté de ceux qui s’étonnent et par là se montrent incapables de concevoir une pensée ou un acte qui ne soit pas intéressé. – (1) «Sages réflexions de Candide», citées par l’Action Française du 23 mai 1935. – Questions sociales. C’est une chose que de les méconnaître; c’en est une autre que d’en avoir préservé ses écrits. L’homme, à vrai dire, ne commence à m’intéresser que lorsqu’il n’a plus à remplir sa panse. Il y a là une question de charbon pour alimenter la machine; faute de quoi rien plus ne va. Evidemment. Charbon d’abord! Et je consens que surtout la question du manger passe avant toute autre pour qui se sent privé. Même, cette question m’apparaît aujourd’hui si pressante que je n’en peux distraire ma pensée… Mais, encore une fois, c’est ce que fait l’homme rassasié qui m’importe. Tout le reste n’est qu’avant-propos. Mais honte à celui qui passe outre. Je me souviens, du temps que j’écrivais mon Prométhée – et même avant, carc’était, il m’en souvient, à Alençon – j’écrivais une histoire très fantaisiste, que je pensai alors pouvoir enserrer en ce livre encore en formation; il y était question d’un Caliban Démos appelé enfin à se produire au grand jour; on l’appelait; il sortait de dessous la chaise percée qui servait de trône à sa puissance, si crotté, si souillé d’excréments qu’il prêtait à rire et surtout à se boucher le nez. On l’invitait à parler et, mal instruit, il ne parvenait à rien dire… C’était excessif, saugrenu… Je regrette pourtant aujourd’hui de n’avoir pas mené à bien ce conte dont, peut-être, après ma mort, on retrouvera dans mes papiers le brouillon.» (s.d. – probablement 31 juillet) – «Je n’oublierai pas cet enfant radieux qui, ce matin, dans la chambre de vaporisation, vint s’asseoirintentionnellement, sur le large banc de bois pourtant vide, àcôté de moi, contre moi. Il entrait avec ses deux frères, l’un àpeine plus âgé, l’autre plus jeune, à peine un peu moins beauque lui, robuste, doré comme un épi, souriant de tout soncorps. Il me parla des chevaux de sa mère, plus je crois parbesoin de causer que pour me faire connaître qu’il était riche.» (1er août). – Les dernières pages, lisibles dans l’autre sens, en retournant le carnet, recèlent le même contenu prosaïque déjàsignalé plus haut: des noms et des adresses (Armand Godoy,Pierre de Massot, Henri Thomas, Giono, Paul Doncoeur, YvesAllégret, Malraux, Maurice Saillet, Pascal Pia…), des livres àenvoyer (à Michel Lévesque, à Robert [Lévesque], au Cercledes Malades de l’Institut Hélio-Marin de Berck…), et des listes de courses («Roger Cavaillès: shampoing pour Cuverville» – «Brosse à dents – slipperie – caleçon de bain – espadrilles -réchaud – théière»).

Vous pouvez nous contacter au 01 43 25 60 48 ou l’étude NÉRET-MINET TESSIER & SARROU - 8, RUE SAINT-MARC – 75002 PARIS – TÉL. : 01 40 13 07 79 – FAX : 01 42 33 61 94 - EMAIL - S.A.R.L. – AGRÉMENT 2001-014